Tous les Dieux veillaient sur vos jours,
Tous étaient animés du zèle qui m'inspire;
En volant à votre secours,
Ils ont affermi leur empire.
Il est difficile de pousser plus loin la flatterie.
Le temps était venu où La Chaussée allait trouver des imitateurs, où la tragédie bourgeoise, autrement appelée drame, s'apprêtait à envahir la scène, même la scène du Théâtre-Français, en attendant la construction de salles spéciales pour le genre nouveau.
Saurin, que nous appellerons le second de La Chaussée, vint, de 1760 à 1774, donner sa Blanche et Guiscard, son Orpheline léguée et son fameux Bewerley, pièces ou drames qui firent dire, fort spirituellement, à un prince, peu amateur de la tragédie bourgeoise:—«Je déteste le drame; il me choque autant que si un peintre s'avisait de représenter Minerve en pet-en-l'air.»
Ce fut en septembre 1763 que le Théâtre-Français donna la première représentation de Blanche et Guiscard, imitée de l'anglais, dont le sujet, puisé dans Gil Blas par Tompson, auteur des Saisons, fut mis sur notre scène par Saurin. Ce drame ne fit pas d'abord fortune. Il est vicieux dans ses caractères, dans sa forme. Mademoiselle Clairon, cependant, à la représentation suivante, se montra si supérieure, qu'elle enleva les applaudissements. L'auteur, en sortant, lui envoya ce quatrain:
Ce drame est ton triomphe, ô sublime Clairon:
Blanche doit à ton art les larmes qu'on lui donne;