Et j'obtiens à peine un fleuron

Quand tu remportes la couronne.

En novembre 1765, Saurin fit jouer un second drame, l'Orpheline léguée ou l'Anglomanie, en trois actes et en vers libres. Le trait du citoyen de Corinthe qui, en mourant, lègue à son ami le soin de soutenir sa femme et sa fille, avait déjà fourni à Fontenelle le sujet du Testament. Il donna celui de l'Orpheline à Saurin. Cette pièce avait un but, celui de corriger les Français d'un ridicule fort en vogue à cette époque et qu'on a vu reparaître bien souvent depuis: l'admiration exclusive de quelques personnes chez nous, pour tout ce qui se fait, se dit, se pense de l'autre côté du détroit. Les deux premiers actes renfermaient des scènes plaisantes, spirituelles et ingénieuses, mais le troisième fut trouvé long, diffus et ennuyeux. L'auteur vit le défaut de la cuirasse et fit des coupures qui rendirent le drame très-agréable.

Trois années plus tard, en 1768, parut un nouveau drame de Saurin, drame qui eut un grand retentissement, Bewerley ou le Joueur, imité de l'anglais. Il eut un succès immense à Paris. En province, notamment à Toulouse, où l'on voulut le voir jouer, le public fut si impressionné de la scène dans laquelle le joueur, à deux reprises différentes, est prêt à tuer son fils pour lui éviter les chagrins de la vie, qu'il sortit du théâtre en poussant un cri d'horreur. Quelques hommes seulement, au cœur plus dur, étaient restés jusqu'à la fin du drame et crièrent aux acteurs:—«Adoucissez le cinquième acte si vous voulez que nous puissions revenir.»

Cette pièce de Bewerley fut imitée depuis et en partie reproduite dans celle assez récente de Trente ans ou la Vie d'un joueur.

On envoya à Saurin les vers ci-dessous:

Grâces à l'anglomanie, enfin sur notre scène,

Saurin vient de tenter la plus affreuse horreur;

En bacchante on veut donc travestir Melpomène.

Racine m'intéresse et pénètre mon cœur