Parmi les nombreuses pièces qu'il composa pour le Théâtre-Italien, nous en citerons d'abord deux, qui font époque par suite de deux circonstances particulières: Arlequin poli par l'amour (1720) et le Prince travesti (1724). Ce fut pendant les représentations de la première de ces deux comédies que les Italiens firent changer la toile placée depuis leur rétablissement à Paris, en 1716. Elle montrait un phénix sur le bûcher avec cette devise: Je renais. Ils firent peindre sur la seconde la muse Thalie, couronnée de lierre, un masque à la main, et ayant autour d'elle les médaillons d'Aristophane, d'Eupolis, de Cratius et de Plaute. En haut de cette toile se trouvait un soleil avec ces deux vers:

Qui quærit alia his,

Malum videtur quærere.

Cette devise ayant déplu, on la remplaça par celle qui avait été longtemps sur le théâtre avant 1796:

Sublato jure nocendi.

La seconde comédie eut cela de particulier, que c'est la première qui ait été jouée sans être annoncée. On craignait la cabale, et cette façon d'éviter les critiques aux premières représentations prévalut pendant quelque temps.

Citons aussi l'Amour et la Vérité (1720), qui tomba; ce qui fit dire à Marivaux, dans une loge où il était incognito:—«Cette comédie n'a point eu de succès, elle m'a ennuyé plus qu'une autre, et c'est assez naturel, attendu que j'en suis l'auteur.»

En 1722, parut la Surprise de l'Amour, avec divertissement. C'est dans cette pièce que débuta Riccoboni fils; son père crut devoir prévenir le public que le jeune homme sortait du collége, et réclama pour lui l'indulgence. Riccoboni fils joua très-bien, eut un grand succès, et on adressa à l'heureux père les vers suivants:

Pour ton fils, Lelio, ne sois point alarmé;

Il n'a pas besoin d'indulgence.