Dont il connaissait le pouvoir,
Boindin vient de passer la barque
Et nous a dit à tous: bonsoir.
Il l'a fait sans cérémonie;
On sait qu'en ces derniers moments
On suit volontiers son génie;
Il n'aimait pas les compliments.
En effet, Boindin avait une écorce rude, un caractère insociable. Ennemi de toute façon élogieuse de s'exprimer, il avait les mœurs pures, un cœur généreux, une franchise brutale, une présomption et une ténacité incroyables. Homme d'esprit et de talent, il se plaisait à encourager les jeunes gens et à leur donner de bons conseils, à corriger au besoin leurs ouvrages pour les aider à paraître, gardant sur ses bonnes œuvres un secret absolu, ce qui dispensait de la reconnaissance. Habitué d'un café très-connu il y discutait littérature ou science, et souvent des jeunes gens, ses interlocuteurs, s'exprimaient devant lui avec peu d'égards pour son âge, ce qui fit dire qu'il avait eu une jeunesse infirme et une vieillesse robuste.
Voici comment, dans le Temple du Goût, on peignait Boindin:
Un raisonneur, avec un fausset aigre,