Mes rivaux sont ravis qu'on me la trouve telle.
Mais, Grand prince, après tout, ce n'est pas là le fait:
Recevoir le meilleur est, dit-on, votre envie;
Et je ne serais pas parti de Varsovie
Si vous aviez parlé de prendre le mieux fait.
Comme acteur, Legrand entendait bien la scène et remplissait convenablement presque tous les rôles; comme auteur, sans approcher de Molière, il avait du mérite; c'était plutôt un esprit agréable qui plaisait à tout le monde qu'un talent de premier ordre. Il savait saisir avec beaucoup d'à-propos les travers du temps, les aventures, les circonstances de l'époque. Il se montrait ingénieux pour convertir en comédie une actualité que bien d'autres eussent laissé passer inaperçue. Il fut imité en cela par Boissy, un de ses successeurs, par lequel il fut même surpassé. Le talent de Legrand consistait surtout à donner à ses pièces une marche dont la régularité était observée jusque dans les plus petits détails, et à placer ses personnages dans des situations prêtant au comique; son défaut était de les laisser dégénérer en bouffonneries leur donnant un air de farces plutôt que de comédies. Le dialogue en est vif, spirituel, mais souvent l'auteur se laisse entraîner à des plaisanteries du plus mauvais goût, que l'on ne tolérerait peut-être pas de nos jours dans nos petits théâtres, sur la scène desquels on tolère cependant tant de platitudes.
Ainsi, dans le Roi de Cocagne, on trouve ceci:
GUILLOT.
Trésorier! ah morgué, que cette charge est bonne!
Je recevrai l'argent et ne paierai personne.