[465] «L'intuition de soi est l'illusion d'un ultra-raffiné qui prend la conscience aiguë d'une sensation pour la coïncidence avec l'être.» (Revue néo-scolastique, nov. 1910, p. 490.) Une méprise si grossière n'est certes pas d'un ultra-raffiné!... La conscience ne saisit pas seulement la pensée, mais aussi celui qui pense: intellectus intelligit semetipsum—, dit saint Thomas. Et ce n'est pas seulement l'école d'Aristote et de saint Thomas qui est unanime sur ce point capital, mais encore l'école suarésienne: «Prima cognitio accidentis non terminatur ad abstractum sed ad concretum ... sicque substantia cognoscitur simul cum accidente, hoc est in confuso, in quantum est pars talis concreti accidentalis.» (SUAREZ, De Anima, l. IV, c. iv.) Quant aux écoles spiritualistes modernes, contentons-nous de citer cette magnifique et décisive parole de F. Bouillier: «Dénier à la conscience le pouvoir d'atteindre, en même temps que les phénomènes, l'être que nous sommes, l'être un, identique, essentiellement actif, vie et pensée, c'est la mutiler profondément, c'est rejeter la meilleure partie de ce qu'elle nous atteste, et cela seul qui est continuellement présent au milieu de la diversité de tous ses autres témoignages.» (La Conscience en psychologie, p. 95). Une psychologie expérimentale «sans âme» n'est donc qu'une mutilation profonde de l'expérience.

[466] BERGSON, l'Evolution créatrice, p. 212, 213.

[467] C'est ce que les scolastiques ont appelé la quiddité: «Intellectus humani proprium objectum est quidditas sive natura in materia corporali existens.» (S. THOMAS, Sum. theol., I, q. LXXXIV, a. 3, et q. LXXXIX, a. 3.)

[468] La première notion acquise est celle de l'être: «Ens est primum quod cadit in apprehensione simpliciter.» (S. THOMAS, Quæst. disp., De Verit., q. x, a. 1.) Or, l'être le dit d'abord de ce qui est de soi (substance), puis de l'être dérivé (accidents): «Ens absolute et primo dicitur de substantia, posterius, secundum quid de accidentibus.» (S. THOMAS, De ente et essentia, c. ii.)

[469] On sait que, pour Aristote et saint Thomas, c'est l'intuition de l'être réel qui fonde toute la métaphysique. (S. THOMAS, I°, q. LXXXXV, a. 5.) La connaissance qui en découle est progressive: 1° connaissance de l'être (quelque chose qui est); 2° connaissance confuse de la substance; 3° connaissance confuse des accidents; 4° connaissance distincte de la substance; 5° connaissance distincte des accidents. Ensuite vient la connaissance de la nature des êtres étudiés: essences et propriétés. On voit par là que l'intelligence saisit la substance avant les accidents (c'est l'inversé pour les sens), parce qu'elle ne peut comprendre l'être dérivé qu'après l'être de soi. «Sicut prædicamenta non habent esse nisi per hoc quod insunt substantiæ, ita non habent cognosci nisi in quantum participant aliquid de modo cognitionis substantiæ quod est cognoscere quid est». (S THOMAS, In libro XII métaph., l. VII, lec. I.) C'est l'inverse pour les sens qui sont tout d'abord frappés par les accidents et ne saisissent l'objet que par concommitance, comme on saisit une main gantée sous le gant. En résumé, la substance est sensible per accidens et intelligible per se.

[470] BERGSON, Revue de Méta. et de Morale, 1903, p. 33, 35; cf. Matière et Mémoire, p. 203, 205-207. Grâce à cette intuition directe du réel, nous pouvons confronter l'image du souvenir avec le réel pour la rendre de plus en plus adéquate. L'adæquatio rei et intellectus est ainsi rendue possible. Elle est impossible, au contraire, pour ceux qui nient l'intuition et ne peuvent plus comparer l'image qu'avec d'autres images, sans jamais saisir l'original.

[471] BERGSON, l'Evolution créatrice, p. 192, 193.

[472] BERGSON, l'Evolution créatrice, p. 206; et réponse à Pitkin, Journal of Philosophy, 7 juill. 1910.

[473] D'ailleurs, qui distinguera les véritables biens, la véritable utilité, les succès dignes d'envie, sinon l'intelligence éclairée par d'autres critères?

[474] BERGSON, Réponse à Pitkin, Ibid.