Je suis un médecin qui dissèque les âmes
Penchant mon front fiévreux sur les corruptions,
Les vices, les péchés et les perversions
De l'instinct primitif en appétits infâmes.

Gilkin est obsédé par les idées de débauche et de mort; il aperçoit partout la ruse, la haine et décrit une bien triste humanité.

Dans la rue, au théâtre, au bal, je décompose
Les visages. Toujours j'y retrouve le Mal,
Qui sous les teints cuivrés, la graisse ou la chlorose,
Découpe en grimaçant un profil d'animal.

La brute qui végète au fond de l'âme impose
Au galbe lentement son rictus bestial;
L'être humain se dissout et se métamorphose
En chien, en bouc, en porc, en bique, en chacal.

L'Avarice, le Vol, la Ruse et la Luxure,
Sous le faux vernis des civilisations
Trahissent lâchement notre ignoble nature;

Les muscles vigoureux et les carnations
Superbes font aux os d'inutiles toilettes
Où transparaît l'horreur intime des squelettes![55]

Le sonnet intitulé Fémina flétrit odieusement la femme. Une odeur âcre de mensonge et de dépravation empoisonne presque tous les poèmes; aucune clarté dans cet enfer. Parfois seulement comme une lueur reposante:

Deux grands camélias, l'un blanc, l'autre écarlate,
Neige et sang, largement s'ouvrent dans tes cheveux,
Sur cette mer nocturne aux roulements nerveux
Leur lumière jumelle ainsi qu'un phare éclate.

Et tandis que, baignant ta laiteuse omoplate,
La chevelure sombre et houleuse, où je veux
Lâcher comme un essaim de vaisseaux d'or mes vœux
En flots chauds, invitants, bouillonne et se dilate,

Sur ce lac odorant les deux puissantes fleurs,
Avec un bercement lent et lourd de frégates,
Comme avant le combat arborent leurs couleurs.