Telle ta peau soyeuse a des rougeurs d'agates
Et des pâleurs d'opale, où je bois tour à tour
Le capiteux xérès et l'orgeat de l'amour[56].
Vers plus balsamiques sans doute, mais combien plats! On sent autrement de sensualité, de richesse, de poésie dans «La Chevelure» de Baudelaire!
Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé!
Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.
Longtemps! Toujours! Ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir![57]
Au satanisme de La Nuit, Gilkin peut opposer, il est vrai, la philosophie plus réconfortante de son poème dramatique Prométhée, surtout les petites poésies et aimables odelettes qu'il présente sous cette enseigne gracieuse Le Cerisier fleuri.
Chantons la joie! Il pleut des roses sur mes yeux.
Chantons la joie!
Il pleut des roses dans mon cœur, et dans les cieux,
L'azur flamboie[58].
L'auteur de La Nuit a, si j'ose dire, des états d'âme de rechange! Il assouplit son art aux thèmes les plus variés, fait montre d'une grande dextérité. Que n'est-il moins froid et plus personnel!
Albert Giraud? Un parfait poète, expert, soigneux, élégant. Son œuvre, toute parnassienne, évoque maintes fois celle de Heredia; tel sonnet de Hors du siècle ferait excellemment le pendant de tel autre des Trophées. Souvenez-vous des Conquérants: