Les souvenirs de voyages ont excité la verve de quelques auteurs. Sous la signature d'Edmond Picard parurent Monseigneur le Mont-Blanc, En Congolie, El Moghreb el Aska. Jules Leclercq, James Vandrunen, Léopold Courouble racontent leurs séjours en Afrique et Adrien de Gerlache nous entraîne vers l'Antarctique. Sans traverser les mers, il est aisé de parcourir l'Espagne en auto avec Eugène Demolder ou de visiter le pays de l'Ardenne en compagnie de Léon Dommartin. N'oublions point enfin les notes variées et intelligentes de Dumont-Wilden.

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La vie littéraire belge ne s'observe pas seulement à travers les livres. Il convient, pour en apprécier la vigueur, de jeter aussi un regard sur les nombreuses revues. On connaît déjà cette Jeune Belgique, aujourd'hui défunte, mais jadis illustre, lorsque en 1881 elle groupait toutes les aspirations nouvelles. Peu d'années après, naissaient L'Art moderne et La Société nouvelle (1884); La Wallonie d'Albert Mockel ne tardait pas à paraître. La Jeune Belgique et La Wallonie n'existent plus, mais que de revues fraîches ont surgi! Et combien ont déjà disparu, revues de jeunes dont l'éphémère existence apporte cependant la preuve de tentatives ardentes et loyales! On n'oublie ni Le Coq rouge, ni Le Magasin littéraire. Actuellement les trois revues les plus importantes sont La Revue de Belgique, dirigée par Maurice Wilmotte, d'esprit très libéral et de tendances françaises, La Revue Générale, organe plutôt catholique, La Belgique artistique et littéraire, dont la neutralité semble parfaite, où collaborent Paul André, Maurice des Ombiaux, Léopold Courouble, F.-Ch. Morisseaux, Maurice Gauchez, etc. D'autres périodiques d'excellente allure, L'Art Moderne (Octave Maus), La Société nouvelle[180], La Vie Intellectuelle (Georges Rency et Jean de Bère), Durandal (abbé Moeller) méritent également les suffrages des lettrés. Attirons aussi l'attention sur La Fédération Artistique, La Plume, Le Thyrse, La Belgique française, L'Essor, Wallonia[181], Le Florilège[182], L'Art et l'École au Foyer[183], Les Moissons Futures[184], La Jeune Wallonie[185].

D'autre part, les critiques dont nous avons tout à l'heure relevé les noms tiennent presque tous les rubriques des principaux journaux. On y rencontre même des conteurs, puisque le délicieux Delattre assume la tâche, dont il s'acquitte fort heureusement, de présenter les livres nouveaux aux lecteurs du Petit Bleu.

Les préoccupations littéraires font désormais partie intégrante de la vie belge. Cette animation intellectuelle, entretenue par les livres, les revues, les journaux, se trouve encore encouragée au moyen de conférences. Dans les villes importantes, Bruxelles, Anvers Liège, Mons, des cercles, de grands quotidiens en organisent chaque année des séries. De leur côté, Les Amitiés Françaises se ramifient de plus en plus en Belgique et créent un peu partout des sections qui contribuent intensément, grâce à des causeries, des excursions, des brochures, au développement de la culture française. Rendons un hommage particulier à l'habile et ingénieuse activité de Maurice Wilmotte: il prête son concours à tant de réunions utiles pour notre cause!

D'ailleurs, un courant permanent s'est établi entre la Belgique et la France dont les deux pays profitent. Si nos maîtres, nos hommes de lettres vont se faire entendre à Bruxelles, à Anvers, des professeurs belges, Wilmotte ou Dwelshauwers, parlent devant un public français[186]. Les écrivains belges envoient prose et vers aux revues françaises et se font éditer couramment à Paris. Le Mercure de France en a plus hospitalisé, je crois, que n'importe quel libraire bruxellois! Aussi bien, n'est-ce pas notre pays qui, parfois, révéla des auteurs belges à la Belgique elle-même et au monde? Maeterlinck ne fut-il pas certain matin projeté brusquement en lumière par Octave Mirbeau?

Mais quels que soient les liens qui unissent étroitement les destinées de la littérature belge à celles de la littérature française, ils ne doivent empêcher ni d'apercevoir, ni d'apprécier les caractères spéciaux très marqués d'un mouvement intellectuel riche et puissant par lui-même. À cet égard, la Belgique a suffisamment affirmé sa robustesse depuis plus d'un quart de siècle pour que nous envisagions son avenir avec confiance. Désormais elle vivra d'une vie continue, sans période stérile, et jouera un rôle sans cesse grandissant dans l'histoire littéraire universelle. Déjà cette année, un écrivain belge n'obtint-il pas le prix Nobel?

À l'enthousiasme des littérateurs s'est ajouté, depuis peu, un élément tout nouveau de succès. Longtemps, le gouvernement les négligea ou les méprisa; or voici que LL. MM. le Roi et la Reine de Belgique ne manquent aucune occasion de leur témoigner une affectueuse sollicitude. Ces souverains, amis des Lettres et des Arts, n'attendent pas du seul essor industriel et commercial la belle santé de leur peuple. On s'en rendit bien compte au discours qu'Albert Ier prononça en inaugurant la section littéraire de l'Exposition de Bruxelles. Les actes suivirent les paroles puisque, au mois de septembre 1911, le Roi Albert et la Reine Élisabeth recevaient Verhaeren dans l'intimité du château de Ciergnon, et honoraient de leur présence, en mai dernier, le festival offert à Maeterlinck au Théâtre de la Monnaie. Voilà donc la littérature officiellement classée, en Belgique, comme une manifestation essentielle de l'activité nationale. Réjouissons-nous-en, et admirons quelle merveilleuse poussée de sève l'enleva, en trente-deux ans, de l'obscurité à la gloire, pour le plus beau triomphe de l'influence française!

BIBLIOGRAPHIE

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