On doit à Eugène Demolder, outre son volume d'Impressions d'art, de belles monographies: Constantin Meunier, Félicien Rops, James Ensor; Georges Eekhoud s'est intéressé aux peintres animaliers, après avoir traduit du néerlandais des ouvrages sur Van Dyck et Jordaens.
André Fontainas nous offre une excellente Histoire de l'art français au
XIXe siècle et une forte étude sur Franz Hals.
Des conteurs tels que Maurice des Ombiaux ou Sander Pierron s'aventurent également sur un domaine dont d'autres écrivains se sont fait un fief. De ceux-ci, le plus documenté et le plus brillant est sans conteste Hippolyte Fierens-Gevaert. Les Essais sur l'art contemporain, La Renaissance septentrionale et les premiers maîtres des Flandres, les livres consacrés à Jordaens et Van Dyck font admirer sa science comme la sûreté de son instinct.
Henri Hymans, Arnold Goffin, Jules Destrée, qui se préoccupa particulièrement des œuvres d'art religieux, Dumont-Wilden, Octave Maus, parfois Edmond Picard ont aiguillé ou aiguillent leurs recherches vers le même but.
Les travaux éminents de Charles de Spoelbergh de Lovenjoul représentent avec éclat l'érudition. Ce savant devint vite populaire en France, car il se voua tout entier à l'œuvre de Balzac et au romantisme français. L'Histoire des œuvres d'H. de Balzac, La Genèse d'un roman de Balzac, Une page perdue d'H. de Balzac, Autour de H. de Balzac, L'Histoire des œuvres de Th. Gautier, La Véritable histoire de «Elle et Lui,» Sainte-Beuve inconnu, autant d'ouvrages indispensables à ceux qui désirent élucider l'histoire littéraire de la première moitié du XIXe siècle, sur des textes précis et méticuleusement établis.
La philosophie recueille peu d'adeptes, mais le professeur Georges Dwelshauwers, dont la Synthèse mentale nous autorise à le regarder comme un disciple de Bergson, l'honore dignement.
L'histoire groupe plus de fervents. Un maître de l'Université de Bruxelles, Léon Vanderkindere, tenta dans Le siècle des Artevelde (1879) de rattacher l'histoire de la Belgique à l'histoire générale et s'astreignit à l'analyser suivant une méthode sérieuse. Il fut à l'histoire ce que Nautet devait être à la littérature. Vanderkindere laisse, en outre, une Histoire de la Formation territoriale des principautés belges au Moyen Âge.
L'impulsion donnée, d'autres suivirent: Godefroid Kurth, avec peut-être moins de science rigoureuse, mais plus de lyrisme, écrivit une Histoire de la civilisation moderne.
Henri Pirenne devait profiter de toutes ces études, les augmenter, les mettre au point. Son Histoire de la Belgique s'élève comme le premier monument en l'honneur de la nation belge. Résolu à ne point voir dans la formation de la Belgique contemporaine un simple accident, Pirenne l'explique en reliant le peuple belge aux principaux événements de l'Histoire, en le faisant participer, en tant que peuple belge, depuis les temps les plus reculés, aux grands mouvements européens. L'œuvre de Pirenne est une œuvre nationale[178].
On ne saurait passer sous silence l'ouvrage mi-historique, mi-physiologique d'Eugène Baie sur la sensibilité collective, dont la première partie L'Épopée flamande[179] reconstitue le génie du peuple flamand d'après sa manière de sentir adaptée aux diverses manifestations de son existence.