LA CHIMIE VÉNÉNEUSE, EMPOISONNEUSE ET SOPHISTIQUEUSE
Phénomène étrange, toutes ces apparitions, impératrices ou favorites, grandes dames ou bourgeoises, depuis Hélène jusqu'à la Pompadour, elles ont toutes la figure de Mme des Marettes, telle qu'elle était lors de sa fugue il y a trente-deux ans, telle que se la rappelle son vindicatif époux! Ève elle-même, la première de toutes, c'est déjà Mme des Marettes, qui fut une fort jolie blonde d'ailleurs, aux yeux pleins de langueur; l'orgueilleuse Sémiramis, c'est Mme des Marettes cherchant à imposer cruellement son autorité; Frédégonde, c'est la coléreuse petite Mme des Marettes s'escrimant du bec et des ongles et cassant jadis les assiettes du ménage; Marguerite de Bourgogne, c'est encore Mme des Marettes; Marie Stuart, qui avait le mot piquant et qui, ses maris manquant, ennuya fort Élisabeth d'Angleterre, c'est Mme des Marettes lançant à son époux, dès la lune de miel, changée en lune de vinaigre, des mots désagréables; Catherine de Médicis, la terrible dame aux poisons savants, aux élixirs de courte vie, c'est Mme des Marettes, servant un jour aux invités de son mari, de graves magistrats, des carafes d'Hunyadi-Janos avec le vin!...
«JE VIENS REPRENDRE MA PLACE AU FOYER!»
Toutes, toutes, jusqu'aux derniers rangs du défilé, ont les traits de la terrible Mme des Marettes..... C'est toujours la même, toujours la figure blonde inoubliable qui hante depuis si longtemps les rêves et les cauchemars de M. Arsène des Marettes.
Mêlant ainsi ses petits souvenirs personnels, toujours cuisants, aux réminiscences historiques, M. Arsène des Marettes voit défiler, pour ainsi dire, tous les chapitres de son œuvre maintenant si avancée, la partie historique et la partie philosophique, où, de déduction en déduction, de constatation en constatation, avec sa pénétrante analyse, il nous montre ce phénomène psychologique qui a déjà préoccupé les penseurs: la femme restant toujours la femme, toujours identique à elle-même, toujours pareille, en tous lieux et en tous temps, à tous les âges et sous tous les climats, alors que l'homme présente tant de variétés de caractère, suivant les races, les époques et les milieux.
Et M. des Marettes est satisfait, et il est heureux, et il songe à l'effet que la grande Histoire des désagréments causés à l'homme va produire, aux bienfaits qui en découleront, aux idées de révoltes masculines qu'elle va réveiller.
Tout à coup, la sonnerie du Télé, cet éternel drinn-drinn que nous entendons retentir à toute minute, qui ne nous laisse aucun repos, qui toujours nous rappelle que nous faisons partie d'une vaste machine électrique traversée par des millions de fils, la sonnerie du Télé tira M. des Marettes de sa rêverie historico-philosophique.