Il sursauta sur son fauteuil, allongea le bras et, machinalement, appuya sur le bouton du récepteur.

«Allô! allô! dit une voix, M. le député Arsène des Marettes est-il à la soirée de M. Philox Lorris? Il est prié de venir à l'appareil...»

C'était justement lui qu'on demandait. Le grand historien se réveilla tout à fait et répondit immédiatement:

«Allô! allô! me voici! Qui me demande?»

La plaque du Télé s'éclaira subitement et, après quelques secondes d'un balancement papillotant, une image se forma. C'était une dame assise dans le cabinet de travail de M. des Marettes, là-bas, en son austère retraite, sur les hauteurs du quartier de Montmorency (XXXIIe arrondissement), une dame d'un certain âge, assez forte, aux traits accentués, aux sourcils très fournis dessinant un arc noir au-dessus d'un nez à courbure aquiline.

M. Arsène des Marettes se laissa retomber comme pétrifié dans son fauteuil. Il l'avait reconnue tout de suite, malgré les années, malgré les changements apportés par l'âge: c'était la femme de son rêve, toujours la même, l'éternelle ennemie, Elle enfin, Mme des Marettes!

Elle était blonde jadis, elle était plus svelte, plus souriante; n'importe, il la reconnaissait d'instinct, après les trente-deux années d'absence, dans la majestueuse dame, un peu épaissie, à l'expression un peu alourdie mais toujours dominatrice, qui était devant lui.

«Eh bien! oui, cher monsieur des Marettes, c'est moi, dit la dame; vous voyez que j'ai bon caractère, c'est moi qui reviens la première, en laissant de côté mes légitimes griefs; le moment est venu d'oublier nos légers dissentiments de l'autre jour...»

M. ARSÈNE DES MARETTES COMPOSANT SON GRAND OUVRAGE.