Mme Lacombe balbutiait; la chère dame, pourtant bien rarement prise à court, ne trouvait plus rien à dire à ce phonographe. Elle se proposait de gagner Philox Lorris par ses manières élégantes, par le charme de sa conversation, mais elle n'était pas préparée à cette entrevue avec un phono.
«CONTINUEZ, J'ÉCOUTE!» DIT LE PHONOGRAPHE.
«Oui, vous êtes en Écosse comme moi, je m'en doute! dit-elle en se levant fortement dépitée; vous êtes un ours, monsieur, je l'avais déjà entendu dire et je m'en aperçois, un triple ours et un impoli, avec votre phonographe; si vous croyez que je vais prendre la peine de causer avec votre machine...
—Continuez, j'écoute! dit le phonographe.
—Il écoute! fit Mme Lacombe, on n'a pas idée de ça; croyez-vous que j'aie fait deux cents lieues pour avoir le plaisir de faire la conversation avec vous, monsieur le phonographe? Tu peux écouter, mon bonhomme! Je m'en vais? Oui, Philox Lorris est un ours; mais son fils, M. Georges Lorris, est un charmant garçon qui ne lui ressemble guère heureusement!... Il doit tenir ça de sa maman; la pauvre dame n'a sans doute pas beaucoup d'agrément avec son savant de mari; j'ai entendu vaguement parler de bisbilles de ménage... Évidemment, avec ses phonographes, c'est cet ours de mari qui avait tous les torts.
—C'est tout? dit le phonographe; c'est très bien, j'ai enregistré...
—Ah! mon Dieu! s'écria Mme Lacombe soudain effrayée, il a enregistré; Qu'ai-je fait?... Je n'y pensais pas, il parlait, mais en même temps il enregistrait! Ce phonographe va répéter ce que j'ai dit! C'est une trahison!... Mon Dieu, que faire? Comment effacer? Oh! l'abominable machine! Comment la tromper?... Aoh! je volais vous dire... Je suis une dame anglaise, mistress Arabella Hogson, de Birmingham, venue pour apporter un témoignage d'admiration à l'illustre Philox Lorris...»
«AH! MON DIEU!... IL A MON PORTRAIT MAINTENANT!»