Elle jetait des regards d'envie aux Bretonnes qui marchaient pieds nus sur la rive, et son bonheur eût été complet s'il lui eût été permis de retirer ses souliers, ainsi qu'elle faisait, pour ne pas les user, au temps de son enfance, dans la montagne.
Au moins, il n'était pas besoin de pantoufles isolatrices, et l'on n'avait point à redouter les dangereuses fantaisies de l'Électricité!
Certes, M. Philox Lorris eût marqué un vif mécontentement s'il avait pu voir, dans l'après-midi de ce jour et tous les jours suivants pendant une quinzaine, sur la plage de Kernoël, Georges Lorris étendu sur le sable à côté d'Estelle Lacombe, à l'ombre d'un rocher ou d'un bateau, ou couché dans l'herbe, plus haut, à marée haute, au pied des menhirs, avec Estelle près de lui, passant ces douces journées en causeries d'une intimité charmante, ou lisant—horreur! au lieu des Annales de la Chimie ou de la Revue polytechnique,—quelque volume de vers ou quelque recueil de légendes et traditions bretonnes!
SULFATIN SUR LES GRÈVES DE KERNOËL.
Enfin, sujet d'étonnement non moins grand, Sulfatin était là aussi, la pipe à la bouche, lançant en l'air des nuages de fumée, pendant que son malade Adrien La Héronnière ramassait des coquillages ou faisait des bouquets de fleurettes avec Grettly. La Héronnière n'était plus tout à fait le lamentable surmené qu'on avait été obligé de nicher pendant trois mois dans une couveuse mécanique; il allait très bien, le traitement de l'ingénieur médical Sulfatin faisait merveille et surtout le régime suivi au Parc national.
Le tête-à-tête du Voyage de fiançailles est bien loin d'avoir produit la brouille que Philox Lorris jugeait inévitable. Au contraire. Les deux jeunes gens passent de bien douces journées en longues causeries, à se faire de mutuelles confidences, à se révéler plus complètement, pour ainsi dire, l'un à l'autre et à reconnaître dans leurs goûts, leurs pensées, leurs espoirs, une conformité qui permet d'augurer pour l'union projetée un long avenir de bonheur.
ON DANSE SUR LA PLACE.
Dans une belle vieille église remplie de naïves statuettes religieuses, avec des petits navires en ex-voto suspendus aux voûtes gothiques, ils ont assisté à la messe et aux vêpres au milieu d'une population revêtue des costumes des grands jours. Après les vêpres, on danse sur la place; sur une estrade faite de planches posées sur des tonneaux, des joueurs de biniou soufflent dans leurs instruments aux sons aigrelets. Bretons et Bretonnes, formant d'immenses rondes, tournent et sautent en chantant de vieux airs simples et naïfs.