Un énorme cerveau sous un crâne semblable à un dôme.
Cette fois, Philox Lorris n'a plus affaire à des soldats, à des généraux ayant hâte d'expérimenter sur les champs de bataille ses nouvelles combinaisons chimiques; il s'agit d'une affaire de médicaments nouveaux, et pourtant ce ne sont pas des médecins qui discutent avec lui dans le grand laboratoire, mais des hommes politiques.
Il est vrai que, parmi ces hommes politiques, il y a Son Excellence le ministre de l'Hygiène publique, un avocat célèbre, un des maîtres de la tribune française, ayant déjà fait partie, depuis vingt ans, de cent quarante-neuf combinaisons ministérielles, avec les portefeuilles les plus divers, depuis celui de la Guerre, celui de l'Industrie ou celui des Cultes jusqu'au ministère des Communications aériennes; en somme, un homme d'une compétence universelle.
«Hélas! messieurs, dit Philox Lorris, la science moderne est quelque peu responsable du mauvais état de la santé générale; l'existence hâtive, enflammée, horriblement occupée et énervée, la vie électrique, nous devons le reconnaître, a surmené la race et produit une sorte d'affaissement universel.
—Surexcitation cérébrale! dit le ministre.
—Plus de muscles, fit Sulfatin avec mépris. Le cerveau seul travaillant absorbe l'afflux vital aux dépens du reste de l'organisme, qui s'atrophie et se détériore; l'homme futur, si nous n'y mettons ordre, ne sera plus qu'un énorme cerveau sous un crâne semblable à un dôme monté sur les pattes les plus grêles!
—Donc, reprit Philox, surmenage; conséquence: affaiblissement! De là, défense de plus en plus difficile contre les maladies qui nous assiègent. Premier point: la place est affaiblie.—Deuxième point: les ennemis qui l'assiègent se montrent de plus en plus nombreux et de plus en plus dangereux!
—Les maladies nouvelles! fit le ministre.
—Vous l'avez dit! Lorsqu'on a cherché à susciter à des microbes dangereux des microbes ennemis chargés de les détruire, ces microbes développés sont devenus à leur tour des ennemis pour la pauvre race humaine et ont donné naissance à des maladies inconnues, déroutant pour un instant les hommes de science qui ont le plus étudié la toxicologie microbienne...