Un cri de femme lui répond dans la foule. Une jeune fille qui accourait en larmes et venait de s'écrouler sur le corps du pauvre Bonvarlet, a levé la tête et reconnu Jehan porté au-dessus des têtes furieuses.

Elle voit la corde et devine avec horreur l'accusation qui pèse sur le malheureux, l'affreux péril où il se trouve.

—Lâchez-le, ce n'est pas lui! Il est innocent! Oh! Jehan, peut-on t'accuser de m'avoir tué mon père, non, non, c'est impossible, ce n'est pas lui, lâchez-le au nom du ciel, au nom de mon père, il est innocent je le jure!

—Lâchez-le, il est innocent!

—Merci, Guillemette, murmura Jehan, vous me croyez, vous!...

—Et moi donc! cria d'une voix indignée la servante Martinotte qui avait suivi Guillemette et sanglotait à genoux de l'autre côté du cadavre, je le jure bien aussi, qu'il est innocent, le pauvre agneau. Lâchez-le tout de suite, tas de monstres, ou je vais vous arracher les yeux à tous!...

—Et pourquoi l'aurais-je tué? s'écria Jehan profitant de l'hésitation de la foule, pourquoi?

—Pour voler l'or qu'il rapportait à la garnison, hurla Rongemaille les yeux hors de la tête, et s'efforçant de tirer sur la corde, à la potence, le gueux!

Au même instant, une détonation retentit. C'était une bombarde anglaise, de l'autre côté de l'Oise, qui tirait sur la ville. Quelque chose passa dans l'air avec un sifflement strident, il y eut un fracas de pierres tombant sur le pavé, au milieu des cris d'épouvante de la foule.