Le boulet venait de fracasser une gargouille de Saint-Corneille, juste celle dont la tête était à la ressemblance de l'usurier Rongemaille, et avec elle la balustrade où l'on avait passé la corde pour pendre Jehan des Torgnoles.

Jehan à demi suspendu tomba à terre, lâché par ceux qui le tenaient. Les plus furieux s'écartèrent vivement sous les fragments de pierres qui pleuvaient.

Jehan poussa un cri de triomphe.

—Je vais vous le montrer, le traître, l'assassin! Vous voyez bien que je suis innocent, que je n'ai pas commis le crime, vous voyez bien, la bombarde anglaise elle-même a proclamé mon innocence, et elle a montré le coupable... A moi, braves gens, à moi, accourez, le traître, je vous le livre, le voici!

Le boulet fracassait la gargouille.

Et, traînant la corde toujours attachée à son cou, bousculant bourgeois et soldats, Jehan sauta à la gorge de Rongemaille terrifié.

—L'assassin, c'est lui! Croyez-moi, braves gens! c'est lui! lui!... J'y suis maintenant, je comprends tout!... l'homme entré devant moi par le rempart c'était maître Bonvarlet, c'est lui que j'ai suivi jusqu'ici et que j'attendais sous le portail... Celui qui l'a assassiné, c'est Rongemaille... Le traître qui est dans Compiègne et dont j'ai entendu le chef des routiers parler, le traître qui doit livrer la ville aux Anglais, c'est Rongemaille!... Voyez comme il tremble! Assassin, tu avoues! A moi! à nous! tenez-le! mais tenez-le donc!

Rongemaille et Jehan avaient roulé à terre, hagards tous les deux, Rongemaille de terreur, Jehan hors de lui par la fureur et par la douleur que lui causait son épaule. De plus la corde qu'on lui avait passée au cou le serrait toujours, il se trouvait à demi étranglé, et Rongemaille cherchait à lui enfoncer sa dague dans la poitrine, la dague qui avait tué Bonvarlet. Enfin, d'un effort violent, Rongemaille se dégagea et bondit en arrière, renversant quelques bourgeois. Sa porte derrière lui était ouverte, il se jeta dans sa maison et on l'entendit tout de suite qui barricadait l'huis aux montants solides.