La petite troupe, hommes d'armes et piétons, se reposait de sa marche de nuit; les chevaux dans les écuries des hôtelleries, aux approches du pont, recevaient bonne provende; les hommes, dans un vaste enclos, débris de l'ancien palais de Charles le Chauve, au-dessous de la vieille tour Beauregard, étaient fêtés joyeusement par les Compiégnois; ils arrosaient du vin guilleret des coteaux de l'Oise, cru dédaigné aujourd'hui, un repas suffisamment plantureux pour un festin d'assiégés, et se préparaient pour le combat prochain.
Pendant ce temps, le gouverneur s'en allait avec les chefs faire le tour des remparts, pour reconnaître la force de la ville et les positions de l'ennemi sur les coteaux de la rive droite de l'Oise.
Les défenses étaient encore bonnes, malgré les dégâts des sièges précédents; Compiègne, depuis moins de douze ans seulement, avait été pris et repris cinq ou six fois, par les Bourguignons, par les troupes royales, ou par les Anglais qui l'avaient conservé de 1423 à 1429, mais grâce aux réparations et renforcements on avait une enceinte de murs solides, des tours nombreuses suffisamment rapprochées l'une de l'autre, avec quatre portes et deux poternes.
Repos et rafraîchissements avant la bataille.
L'ennemi ne menaçait encore que la partie du rempart baignée par la rivière d'Oise. Il occupait, en face du pont, à deux portées d'arbalète le village de Margny, et plus loin à droite et à gauche, ceux de Clairoix et de Venette.
Face à l'ennemi, le pont chargé de maisons et de moulins sur un côté de ses piles, était défendu par de bonnes tourelles appuyées à la massive tour Beauregard et par une grosse bastille extérieure sur la rive droite, entourée elle-même d'un fossé.
Les derniers préparatifs de la sortie s'achevaient, les hommes de la garnison étaient rassemblés, des soldats garnissaient toutes les défenses de la tête de pont, des bateaux couverts de solides pavois étaient amenés, pour recevoir des archers chargés de garder la rivière et de soutenir au retour les hommes de la sortie.
Ainsi, massés tout près de l'ennemi, n'ayant plus que le pont à traverser pour se précipiter sur lui, ils attendaient avec confiance l'instant où Jehanne, la bannière royale à la main, viendrait se mettre à leur tête.