A la Maison des Bateliers, sa voisine, c'est bien autre chose, le pignon a été transformé ultérieurement en gaillard d'arrière de frégate, avec balcon, canons, statues de matelots montant la garde, et au-dessous, une figure de Neptune et des chevaux marins cabrés dans les vagues de la mer.
Ensuite, la Maison de la Louve, indiquée par Romulus et Rémus allaités par la louve, en bas-relief, et qui était le local de la guilde des archers, statues nombreuses, fronton et, tout en haut, le phénix renaissant de son bûcher. Puis, Maison du Sac, aux tonneliers et menuisiers, beau pignon à volutes très ornementé, Maison des Imprimeurs ensuite.
A gauche de l'Hôtel de ville, la Maison du Cygne, aux bouchers, la Maison des Brasseurs, très large fronton surmonté de la statue équestre du duc Charles de Lorraine, puis les pignons de la Rose blanche et des Drapeaux. Tout le côté de la place en retour est pris par un grand édifice à pilastres et frontons précédé de trois perrons; c'est l'Hôtel dit des ducs de Brabant, pour la série de bustes à la base des pilastres, hôtel divisé en habitations particulières désignées, suivant la coutume ancienne, par des noms tirés de sculptures servant d'enseignes, comme Saint Antoine, la Fortune, la Pinte, etc., l'Hôtel des ventes en occupe une partie, et cela donne à la place déjà si mouvementée un supplément de mouvement et de bruit. On vend à l'encan, dans les salles intérieures, les ventes débordent sur le perron, les mobiliers s'entassent sur le pavé, les enchères volent, les commissaires-priseurs agitent leurs marteaux jusqu'au milieu de la Grand'Place.
En face de l'Hôtel de ville, la Maison du Roi est flanquée de deux groupes d'autres pignons, moins truculents qu'à côté, mais encore très joliment découpés, où l'on peut signaler la Maison des Tailleurs, en style classique, mais très décorée et très surchargée au sommet.
Tout autour, par derrière, dans les rues étroites, le pittoresque continue; ce sont des façades souvent presque aussi belles que celles de la Place, des recoins curieux, derrière la Maison du Roi, rue des Harengs ou rue Chair-et-Pain, rue au Poivre ou sur le Marché aux herbes, derrière l'Hôtel de ville, rue des Chapeliers, rue de la Tête-d'Or, rue de l'Amigo, rue de l'Etuve.
Ici arrêt forcé toujours, à l'angle décoré par le très fameux Manneken-Pis, fétiche bruxellois et curiosité légendaire. Ce petit bonhomme «shoking», le plus ancien bourgeois de Bruxelles, œuvre du sculpteur Duquesnoy, est là depuis 1648, et remplace une figure plus ancienne représentant un Godefroy, fils d'un duc de Brabant. Ce petit Manneken, nu ordinairement, a cependant, pour les jours de fête, une garde-robe bien fournie. Un Electeur de Bavière lui donna plusieurs riches habillements, avec un valet de chambre pour l'habiller. Louis XV, en réparation des insolences de quelques grenadiers français, le fit chevalier de ses ordres et lui envoya un magnifique costume, avec épée et chapeau à plumes, que l'inconstant personnage remplaça par un bonnet rouge en 93. A la Révolution de 1830, pour le conquérir au nouvel ordre des choses, on le fit officier de la garde civique.
Du Marché aux herbes, la rue de la Montagne conduit à l'église Sainte-Gudule, l'imposante masse sombre qui se dresse là-haut sur l'ancienne Colline aux moulins. Les deux grosses tours de la façade, au-dessus d'un large soubassement formant perron d'une quarantaine de marches, ont, bien que très ornées, une grandiose sévérité de lignes, par leur plate-forme crénelée, par les robustes contreforts en tourelles d'angle et par leurs fenêtres en lancettes, sévérité compensée par un gable du quatorzième siècle, très découpé, à statues, pinacles et clochetons, au-dessus du portail central. De très beaux et très riches porches latéraux s'ouvrent sur les transepts au pignon très orné.
A l'intérieur, beaux vitraux, monuments divers, grands mausolées, et naturellement chaire du même style extraordinaire que dans toutes les églises importantes,—peut-être la plus extraordinaire de toutes. Sous la chaire proprement dite, Adam et Eve, figures colossales, sont chassés du Paradis terrestre par l'ange à l'épée flamboyante et guettés par la Mort.—Au double escalier, troncs d'arbres, branchages entrelacés garnis d'oiseaux et d'animaux divers; tout en haut sur l'abat-voix en feuillages et draperies soulevés par des anges voltigeants, la Vierge sur le Croissant écrase la tête du Serpent.