BRUXELLES.—SAINTE-GUDULE.
Le Bruxelles officiel, élégant, le Bruxelles des palais du dix-neuvième siècle, occupe tout le sommet de la ville haute, la longue colline qu'escaladent les rues de la Montagne, Montagne-aux-Herbes-potagères, Montagne-de-la-Cour, et autres voies pittoresques aux noms amusants, comme rue Fosse-aux-Loups, rue du Bois-Sauvage, Montagne-des-Aveugles, etc... On y trouve même la «rue d'une Personne».
Il y a la colonne du Congrès, sur sa place en belvédère dominant tous les toits de la basse ville, le Parc, entre le Palais du Roi et le Palais de la Nation, où siègent les Chambres, la Place Royale et l'église Saint-Jacques-sur-Caudenberg, classique du dix-huitième siècle, sans compter d'autres Palais, Musées ou Ministères, le Palais des Comtes de Flandre, le Palais du duc d'Arenberg, pour arriver à la masse formidable du nouveau Palais de Justice. Il faudrait entasser les uns sur les autres les adjectifs «énorme, formidable, colossal, babylonien» pour essayer de qualifier comme il conviendrait cet extraordinaire ensemble de portiques, de vestibules ouverts à la grecque, de colonnades, de temples, de bâtiments posés sur d'immenses plates-formes, sur d'autres bâtiments, amalgamés, entassés, superposés, le tout portant, sur une terrasse supérieure, comme couronnement majestueux, un édifice carré à colonnades, avec statues colossales assises aux angles, sur lequel se pose un étage circulaire et enfin la coupole terminale, l'ensemble occupant 25 000 mètres carrés.
Le Guide affirme qu'il y a là vingt-sept grandes salles d'audience et deux cent quarante-cinq pièces de moindre dimension. C'est effrayant quand on songe à ce que ces chiffres, formidables comme tout le reste, permettraient de supposer comme quantité indispensable de procès pour les justifier ensuite, comme membres de juges, avocats, greffiers, huissiers, etc., pour occuper tous ces prétoires, tous ces greffes, tous ces locaux divers... Mais resterait-il assez de Belges pour fournir de plaideurs ce temple de la déesse Chicane?
Sur la place du Sablon s'élève une autre église gothique, Notre-Dame-du-Sablon, d'une belle découpure de lignes dans l'ensemble, avec un très gracieux portail, mais sans flèche ni tour.
Devant l'église s'étend une grande place arrangée en square, au-dessous du Palais du duc d'Arenberg. On a placé là, sur une fontaine monumentale, les statues des comtes d'Egmont et de Horn, entourés d'un cercle de personnages du seizième siècle.
Un peu plus loin se trouve l'église de la Chapelle, autre église gothique, mais bizarrement restaurée de nos jours et pourvue d'un très disgracieux clocher.