LIÉGE.—STATUE DE CHARLEMAGNE.
LE PERRON.—TOUR ROMANE A SAINT-JACQUES.

XV
LIÉGE

Histoire mouvementée.—Troubles, massacres et boucheries.—Les Princes-Evêques et leur Palais.—Les sièges de Charles le Téméraire.—Eglises romanes et gothiques.—Vieilles pierres et modernités.

L'illustration historique de cette grande cité de Liége, remonte à de longs siècles, et son passé mouvementé n'est qu'une succession d'épisodes tragiques.

Ce n'est certes pas une ville morte, bien qu'elle ait eu, à certaines heures terribles, toutes les chances pour devenir aussi défunte que nulle autre. Ses gens des Métiers furent, au temps des grandes Communes, parmi les plus ombrageux et les plus turbulents, les plus difficiles à manier et les plus prompts à s'enflammer pour leurs droits, comme à se jeter avec une énergie furieuse, en toutes occasions, dans les violences, les séditions et les troubles. Que de luttes, pendant des siècles, contre les princes-évêques ou les suzerains, que de batailles, que de malheurs aussi aux époques sanglantes!

Pourtant Liége vit toujours. Dévastée et dépeuplée après les plus lugubres catastrophes, elle se rebâtissait et se repeuplait. Toujours ouvrière, manufacturière, c'est un centre industriel de premier ordre, une vaste cité où s'agite et travaille une population de 160 000 habitants.

La large Meuse s'y réunit à l'Ourthe dans les bas quartiers industriels. La partie importante de la ville est sur la rive gauche, à la base et sur le flanc des collines, où les grands quartiers modernes flanquent les vieux quartiers de la ville historique, que domine tout en haut la citadelle.

Une statue équestre de Charlemagne, sur le boulevard d'Avroy, nous rappelle l'importance que Liége commençait à prendre dès les derniers temps des vieux Carlovingiens, des Pépin d'Héristal ou de Landen, ducs d'Austrasie nés dans la contrée. Sans remonter jusqu'à cette lointaine époque, nous voyons, vers l'an mille l'évêque Notger, successeur de saint Lambert dont les reliques sont à la cathédrale, et de saint Hubert, le patron des chasseurs, fonder, pour ainsi dire, la principauté ecclésiastique indépendante de Liége, et pendant trente-cinq ans d'épiscopat, travailler au bien et à la grandeur de son évêché, créer des écoles, construire des églises et pour garantir la sécurité de ses ouailles, entourer Liége de solides remparts.

Pendant quelques siècles, Liége poursuit sa marche ascendante, malgré les querelles intestines, les troubles amenés par les compétitions pour le trône épiscopal, ou les luttes des évêques cherchant l'agrandissement de leur domaine. A travers toutes ces secousses, malgré l'existence d'une aristocratie féodale, à côté du pouvoir épiscopal, la bourgeoisie et les métiers de Liége, alliés tantôt des uns, tantôt des autres, conquièrent un échevinage et des garanties pour les libertés communales, non sans émeutes, sans explosions de fureurs et sans égorgements par les rues et les places publiques.