L'importance de cette principauté indépendante explique toutes les compétitions pour le trône épiscopal; les Evêques féodaux, grands seigneurs ou cadets de familles princières, une fois en possession de la mitre, menaient dans leur palais une existence fastueuse, et grâce à leurs richesses se livraient parfois aux plus scandaleux désordres. De là exactions, calamités, insurrections diverses.

En 1408, le peuple de Liége en pleine révolte chasse un de ces prélats indignes, Jean de Bavière, et le remplace. La guerre éclate. Liége peut fournir une armée de 15 000 hommes de pied et de 700 cavaliers, conduits par le nouvel Evêque Jean de Horn et par son père, armée qui se heurte près de Tongres aux 35 000 hommes amenés par Jean de Bavière et le duc de Bourgogne.

Les Liégeois sont écrasés. Après un épouvantable carnage, les têtes du nouvel Evêque et de son père sont portées à Jean de Bavière. Celui-ci, rentré dans Liége, supprime les libertés et privilèges de la ville et se livre à des cruautés qui lui valent le surnom de Jean sans pitié.

Ce Jean de Bavière, Evêque à dix-sept ans, abandonna plus tard son évêché pour se marier et courir à de nouvelles ambitions.

Quelque cinquante années après, Liége recevait un nouvel Evêque, Louis de Bourbon, un prélat de seize ans, neveu du duc de Bourgogne, et ce nouvel Evêque apportait à ses ouailles une longue suite de malheurs. En 1465, la ville révoltée contre Louis de Bourbon l'assiège à Huy et l'oblige à une fuite précipitée. La guerre se poursuit, les Liégeois se savent encouragés par le roi de France Louis XI, mais une armée bourguignonne leur inflige une cruelle défaite à Saint-Trond et marche sur Liége. Commines, qui suivait alors la fortune de Charles le Téméraire, raconte les péripéties de l'entrée en ville, le désaccord des Liégeois sans direction et qui auraient pu encore se défendre et ne pas subir la capitulation extrêmement dure qui leur fut imposée. Louis XI surpris par leur défaite trop prompte n'avait pu rien pour eux.

Six mois après, nouveau soulèvement, les Liégeois n'avaient pas si complètement livré leurs armes, de la première vouge à la dernière arbalète, qu'ils ne pussent encore mettre sur pied une armée considérable, mais dépourvue d'engins d'artillerie, et ils comptaient encore sur Louis XI.

Mais à Péronne, Louis XI s'est mis imprudemment entre les mains du duc Charles. Au lieu d'un allié, c'est un ennemi que le duc de Bourgogne traîne avec lui contre Liége. La ville, démantelée six mois auparavant, peut à peine se défendre contre les 40 000 Bourguignons de Charles le Téméraire. Il n'y avait «portes ny murailles, ny fossez, ny une seule pièce d'artillerie qui rien valut». Les Liégeois ne peuvent que vendre chèrement leur vie; ils commencent par infliger un échec à l'avant-garde ennemie, en lui tuant 2 000 hommes. Les assiégeants installent leur camp en attendant l'heure de l'assaut. Charles le Téméraire a son quartier sur les hauteurs de Sainte-Walburge, du côté de la citadelle actuelle; à côté de son logis, Louis XI, son otage, a le sien, séparé du duc par une grange où sont entassés 300 hommes.

LIÉGE.—ÉGLISE SAINT-JACQUES.