L'assaut devait avoir lieu à la pointe du jour, mais, la nuit même, les Liégeois se sont résolus à une tentative désespérée. Commines racontant «comment les Liégeois firent une merveilleuse sortie sur les gens du duc de Bourgogne, là où lui et le roy furent en grand danger», dit que 600 hommes du pays de Franchimont près Liége, se laissant glisser sans bruit par les brèches, eussent tué le duc et le roi couchés dans leurs lits, si, rencontrant deux grandes tentes où dormaient quelques seigneurs bourguignons, ils ne se fussent «amusés» à lancer de grands coups de piques à travers, ce qui donna l'alarme. Au bruit, les 300 hommes de la grange commencèrent à sortir à demi armés, les archers du duc se levèrent et une horrible mêlée s'engagea dans l'obscurité, devant le logis de Charles qui s'armait à la hâte. D'autre part, le logis du roi était également attaqué, les quelques archers écossais de Louis XI se défendaient à coups de flèches tirés au petit bonheur dans la masse des gens qui s'égorgeaient sans se voir, serrés dans un si petit espace. Mais tout le camp réveillé arrivait à la rescousse, les 600 Liégeois moururent jusqu'au dernier.
Le lendemain l'armée bourguignonne forçait les retranchements et le duc Charles donnait le signal du massacre, des exécutions, des noyades en masse, du pillage à fond et de l'incendie final, de l'effroyable embrasement dont on aperçut les fumées tourbillonnantes depuis Aix-la-Chapelle, atrocités que le duc—l'impitoyable boucher de Nesle, de Gand, de Dinant et d'ailleurs,—devait justement expier un jour à Nancy, sous les piques des Suisses.
Liége semblait bien morte. Charles le Téméraire avait envoyé à la Bourse de Bruges, pour y être exposé «à la risée honteuse de la populace» selon une inscription qu'il y fit graver, le Perron c'est-à-dire une colonne surmontée d'une pomme de pin, Palladium de la cité et symbole des libertés communales, devant laquelle se faisaient les proclamations au peuple. Ce perron, on le voit encore aujourd'hui, ou du moins l'édifice qui a hérité de sa place et de son nom, une jolie fontaine du dix-septième siècle, où la colonne, au lieu de la pomme de pin traditionnelle porte un petit groupe des Trois Grâces. Que de gentillesses aujourd'hui, pour un souvenir des époques dures, des rudes combats soutenus par les métiers liégeois et de tous les égorgements qui firent ruisseler tant de sang sous ce perron.
Il est sur la Place du Marché, devant un Hôtel de ville de 1714. Liége n'a malheureusement pas de maison communale du Moyen-Age, l'Hôtel de ville, construit une trentaine d'années après le sac de Charles le Téméraire, ayant été détruit à son tour par un bombardement en 1691.
Après les massacres et les destructions de 1468, Liége se repeupla pourtant, se reprit à vivre, mais ce n'était pas la dernière tragédie. A peine une douzaine d'années écoulées, c'est l'assassinat de l'Evêque Louis de Bourbon par Guillaume de la Marck, le farouche Sanglier des Ardennes, qui, à la tête d'une bande de 4000 routiers, était venu tendre une embuscade à l'Evêque, aux portes de la ville où il s'était ménagé des intelligences.
Entré en ville, Guillaume de la Marck, terrorisant les chanoines, leur imposa l'élection au trône épiscopal de son fils, Jean d'Arenberg qui n'était même pas clerc. Mais les chanoines ayant pu s'enfuir à Louvain, s'empressèrent d'élire un autre Evêque, lequel, soutenu par le Pape et l'Empereur, put quelque temps après mettre la main sur le farouche Sanglier des Ardennes et le faire décapiter.
Ce fut le signal d'une guerre de brigandages menée par la famille de la Marck, alliée à la populace liégeoise. Huit années de luttes et de surprises, jusqu'au jour où les Liégeois, fatigués de la tyrannie des partisans des la Marck, se révoltèrent et les massacrèrent jusqu'au dernier.