En face de l'Hôtel de ville, la Bourse fait meilleure figure; c'est un bel édifice carré du dix-septième siècle, en style de la Renaissance flamande, dont les façades à deux étages présentent une suite de colonnes décorées de gaines et de cariatides, alternées, encadrant des frontons très chargés de sculptures au-dessus de chaque fenêtre. L'ensemble est joli, avec le grand comble régnant sur le tout et toutes les cheminées, et le campanile malheureusement un peu maigre à la partie supérieure.

A l'intérieur, une cour à arcades, au milieu de laquelle la statue de Napoléon contemple une série de bustes de savants illustres, sous les arceaux.

Sur le côté de la place, troisième édifice, plus modeste. C'est un corps de garde élevé en 1717, sur un immense perron en avant-corps; la Grand'Garde est sans beauté particulière malgré son perron et ses frontons, mais elle rachète sa lourdeur par sa silhouette, d'autant mieux qu'elle est flanquée de quelques maisons anciennes à grands toits.

LILLE.—LA BOURSE ET LA COLONNE DU SIÈGE SUR LA GRAND PLACE.

Au milieu de la place s'élève la colonne commémorative du fameux siège de 1792, colonne robuste et trapue, dressée sur un soubassement entouré d'obusiers pris à l'ennemi, et portant sur son sommet crénelé une figure de Lille au geste énergique, le boute-feu à la main. C'est le dernier des sièges soutenus par la vieille cité flamande, contre une armée autrichienne forte de trente-cinq mille hommes. Elle se défendit héroïquement avec une garnison peu nombreuse et des volontaires qui se distinguèrent, particulièrement les fameux Canonniers bourgeois, vieille et célèbre compagnie bourgeoise des Canonniers de Sainte-Barbe, dont l'hôtel actuel conserve nombre de précieux souvenirs. Une attaque vigoureuse, neuf jours et neuf nuits de bombardement pendant lesquels une partie de la ville flamba, n'eurent pas raison de la résistance héroïque des Lillois, et les Autrichiens, très éprouvés, durent lever le siège.

Si la ville voulait élever sur sa grande place une colonne pour tous les sièges qu'elle a soutenus, victorieusement ou malheureusement, mais toujours avec honneur, les Lillois actuels pourraient s'y promener à l'ombre. En prenant seulement leur histoire au temps du malheureux comte Ferrand et de ses démêlés avec Philippe-Auguste, nous voyons le roi de France assiéger et prendre trois fois Lille, et la troisième fois, pour en finir avec sa résistance obstinée, l'incendier et dévaster de fond en comble. C'est encore un siège sous Philippe le Bel, cent ans plus tard, lorsque Philippe le Bel, peu après la terrible défaite des Eperons d'or, eut écrasé les milices des villes flamandes à Mons-en-Puelle. Ensuite, au seizième siècle, pendant les troubles de la Réforme et la révolte des Pays-Bas, ce sont des coups de main et des surprises.

Puis, c'est le siège de 1667, Louis XIV en personne conduit son armée sous les murs de la vieille cité, qui se défend énergiquement avec deux mille quatre cents hommes de garnison et ses dix-huit compagnies bourgeoises. Mais, après dix jours de tranchée ouverte, une capitulation honorable est signée; moyennant le maintien de ses coutumes et privilèges, Lille fait partie désormais du royaume de France et elle aura à prouver bientôt sa fidélité au roi aussi complètement que jadis à ses ducs.