Voilà donc un bon commencement d'histoire. Quelle belle suite d'annales les plus vieilles pierres des monuments peuvent se raconter en regardant passer le vieil Escaut. Et Tournai fut aussi une antique cité religieuse, siège d'un évêché, peu après Clovis, évêché qui, vers 530, eut pour pasteur saint Médard, évêque de Noyon et Tournai.

La gloire de Tournai, c'est sa cathédrale, l'église mère, avec son cortège d'églises nombreuses, dont les tours et les flèches font un imposant cortège aux cinq tours puissantes du vieil édifice.

C'est une grande ville, cette mérovingienne et religieuse cité; une ville industrielle, vivante et gaie. L'Escaut la partage en deux parties à peu près égales, et, tout autour, des boulevards plantés tiennent la place de ses anciens remparts, dont il reste pourtant quelques vestiges dormant sous les verdures, et un magnifique pont fortifié comme celui de Courtrai.

C'est vers la cathédrale romane, joyau monumental de Tournai, que l'on va tout d'abord, vers ce bouquet de tours qui s'aperçoit de tous les carrefours, par-dessus pignons et toits. Elle est immense et superbe, et révèle des aspects différents quand on tourne par les petites rues irrégulières autour de ses puissantes murailles et des édifices ou maisons accrochées à ses flancs. Cette fantaisie de plan dans la découpure des rues est un charme de plus et permet d'admirer le colossal monument sous tous les angles. Voilà une cathédrale qui n'est pas servie sur un plateau et vue d'un coup d'œil! Pourvu seulement qu'on ne la dégage pas trop: il y a d'inquiétantes démolitions en train!

LE BEFFROI DE TOURNAI.

Quatre tours carrées, légères et d'une belle envolée, montant très haut leurs combles aigus, et percées de quatre étages de hautes arcatures irrégulières, cantonnent une grosse tour centrale également carrée. Du côté du portail, sur une petite place presque fermée, un beau pignon s'élève, percé d'un triangle d'arcatures, qui suivent le rampant du gable, flanqué de deux légères tourelles. En avant, un petit porche gothique, semblable à une galerie de cloître, abrite un grand placage de sculptures seizième et dix-septième siècles, garnissant tout le bas du portail.

Ce portail est réuni à l'évêché par un bâtiment du douzième siècle, sur voûte formant passage pour la rue; on arrive par là à une curieuse petite place donnant sur le jardin épiscopal, où de grands beaux arbres balancent des bouquets de feuillage sous les vieilles murailles sombres.