Commencée en 1200, la Halle aux draps, puisque telle était l'ancienne destination de l'édifice, fut après quelques interruptions, achevée en 1304. Le rez-de-chaussée aujourd'hui sert de marché, marché très pittoresquement installé sous les voûtes de briques. A droite sur la face orientale de ce bâtiment gothique, se trouve plaquée une charmante construction de la Renaissance, le Nieuwerck, d'une légèreté invraisemblable, entièrement porté sur une rangée de colonnes; l'édifice, tout en fenêtres, a deux pignons sur le côté, et un autre fort gracieux au milieu de la façade, percé d'une grande verrière éclairant l'ancienne chapelle des échevins. L'angle du Nieuwerck se relie à de vieilles maisons à pignons d'un beau caractère qui n'ont pas été dénaturées, comme malheureusement beaucoup d'autres de la Grand'Place, par exemple l'ancien hôtel de la Chatellenie, leur voisin.

L'intérieur des Halles est fort intéressant. La magnifique salle échevinale abandonnée après les dévastations de la Révolution, a été heureusement restaurée et outre sa superbe cheminée et ses peintures modernes on y peut admirer un côté entièrement revêtu de sa décoration ancienne retrouvée, présentant au-dessus de trois arcades ogivales, une série de portraits de comtes et comtesses de Flandre, peints de 1322 à 1468.

YPRES.—LE NIEUWERCK.

C'est dans la grande salle des Halles qu'apparaît surtout l'énormité de l'édifice. Elle tient toute la longueur de la façade, en deux parties coupées par la traversée du beffroi sous des arcades ogivales. C'est bien une halle, à la charpente apparente, en gigantesques poutres vieilles de près de sept siècles. Sur les panneaux entre les hautes fenêtres donnant sur la Grand'Place et sur le mur de face, on a entrepris une grande décoration historique, dont une partie seulement est exécutée, peintures très remarquables dues à MM. Pauwels et Delbecke, belles compositions historiques pour le premier, et curieux arrangements archaïques dans l'œuvre du second. Toutes les annales d'Ypres se dérouleront ainsi sur ces vieilles murailles si l'entreprise se poursuit: la place ne manque pas. Elle est si haute, cette grande salle, qu'on a pu y relever, dans une travée, la façade entière, pignon compris, d'une vieille maison de bois démolie en ville.

Il est, en face du robuste édifice communal, un autre bâtiment, en partie de la même époque, très intéressant. C'est la vieille Boucherie, ou la Halle aux viandes. Toutefois, si la partie inférieure est du treizième siècle, le double pignon à redans est postérieur. En bas, il est toujours occupé par les bouchers, qui ont une belle installation dans une salle à grosses colonnes, éclairée par deux étages de fenêtres. Au-dessus de la boucherie, l'étage supérieur est occupé par le Musée, ensemble de collections diverses: Beaux-Arts, Archéologie, etc... Le bâtiment donne par derrière sur une jolie petite place où les grands pignons de la Boucherie, les petits pignons des maisons voisines s'arrangent admirablement, dominés par la grosse tour des Halles.

Derrière les Halles, par-dessus le Nieuwerck, on a aperçu la haute nef et la tour d'une grande église. C'est la cathédrale Saint-Martin, édifice superbe et imposant commencé à la même époque que les Halles. Un beau portail du quinzième siècle s'ouvre dans le transept devant le beffroi; un autre beau porche dans l'axe de la nef est au bas de la Tour, gros clocher carré, très joli de lignes dans la décoration de ses hautes fenêtres.

L'intérieur est fort imposant. Pour l'admirer tout à fait, on se trouve un peu gêné par une fastueuse décoration d'autel en marbre noir et blanc, à colonnes romaines, surmontée d'une grande statue de Saint-Martin à cheval. Quoique les Réformés iconoclastes aient passé par là, il reste dans l'église bon nombre de tableaux et de monuments. A côté des tombeaux d'évêques qui sont dans le chœur, on ne manque pas de signaler au visiteur une simple dalle devant l'autel, avec une croix gravée et une date, 1638. Cette pierre recouvre la dépouille mortelle de Cornélius Jansénius, dont la doctrine suscita tant de querelles au dix-septième siècle, querelles mal éteintes d'ailleurs. Evêque d'Ypres, Jansénius mourut de la peste au milieu de ses ouailles qui le vénéraient pour ses vertus et sa charité.