Sur le côté de l'église, dans les constructions de l'ancienne abbaye de Saint-Martin, un cloître sommeille, galerie d'arcatures légères, fort simple, mais d'un bel effet. Sur tout le pourtour de Saint-Martin, solitaire et silencieux, ce sont des perspectives mouvementées ou des fonds de tableaux bien composés, avec le gros massif des Halles, la voûte sombre et la cour dans le beffroi, le joli pignon du Nieuwerck, la façade de la petite conciergerie qui était jadis le local des festins de messieurs les Echevins. Abandonnée, la salle des festins! déserte, la rue Jansénius, un peu triste comme son nom; abandonnés, l'abbaye et les bâtiments des chanoines, et aussi l'ancien évêché, qui sert maintenant de Palais de justice...
Deux siècles d'extraordinaire prospérité avaient fait d'Ypres la première cité des Flandres. Ses tisserands et ses foulons, outre qu'ils avaient acquis renommée d'excellents ouvriers en draps et étoffes de belle et honnête qualité, se montraient aussi de solides soldats pour la défense des droits et libertés de la ville. Organisés par métiers et compagnies, accourant sous leurs enseignes et bannières particulières au premier coup de cloche du beffroi, combien de fois la Grand'Place les a-t-elle vus réunis pour les fêtes, les cérémonies, les joyeuses entrées, ou pour alarme de guerre, soit pour courir aux murailles attaquées, soit pour marcher sur un ennemi extérieur, soit même en temps de séditions, pour renverser quelque mayeur, quelque échevinage, jugé tyrannique.
Deux siècles encore et cette haute fortune s'écroula. Il fallut les désastres des sièges, des guerres, des révolutions religieuses, les ravages des incendies et des pestes...
YPRES.—LA VIEILLE BOUCHERIE.
La Réforme amena ses furies et ses dévastations d'édifices religieux, puis la répression par la main sanglante du duc d'Albe, et la tyrannie espagnole. Mais, de toutes ces calamités, d'autres villes eurent leur bonne part aussi, qui survécurent à tous les désastres. Est-il histoire plus tragique et plus rouge que celle de Gand, l'heureuse rivale d'Ypres? Trouve-t-on beaucoup de villes qui aient autant de bouleversements, de flammes et de massacres, dans leur passé? Et Gand a surmonté les épreuves, elle est restée la grande cité prospère et populeuse, tandis que le déclin d'Ypres ne s'est pas arrêté. Affaire de chance ou seulement de situation géographique.