GAND.—LE CHATEAU DE GÉRARD LE DIABLE.

Ville ultra-moderne, il n'y a pas à en douter devant ses grandes voies semblables à des boulevards, sa rue de Flandre, son mouvement de tramways, de haquets, de camions, de foules grouillantes,—devant ses canaux encombrés de barques, de péniches chargées,—devant l'immense développement de ses faubourgs usiniers l'entourant de plusieurs cercles de cheminées aux fumées tourbillonnantes. Ville serrée et profonde, entassement de maisons que l'on sent, quand on les regarde du haut du donjon des Comtes, remplies comme des ruches qui vibrent et bourdonnent, d'une population agissante, toute à l'action, aux affaires, au commerce, aux besognes de l'industrie. Ville de traditions fortes et fière de son passé aussi, comme on s'en aperçoit au pieux respect qu'elle marque pour ses vieux monuments, sa cathédrale, son beffroi, ses églises, ses châteaux,—car il y a des châteaux de la plus rude féodalité, au cœur de cette vieille forteresse des guildes et des gens de métiers.

GAND.—LE CHATEAU DES COMTES.

Gand est une ville de canaux; il y en a presque autant qu'à Bruges l'ancienne rivale, presque autant d'eau coulant à travers les quartiers, bras divers de l'Escaut, méandres de la petite rivière, la Lys, qui va se jeter dans l'Escaut quelque part en ville, du côté des ruines de Saint-Bavon, nombreux bassins de tous les côtés, dérivations compliquant une topographie déjà très embrouillée. Mais au lieu de se borner à refléter des architectures, maisons de briques ou monuments, au lieu de n'avoir qu'à flâner et dormir sous des verdures de jardins, toutes ces eaux travaillent, polluées par la poussière de charbon, les eaux noires des usines; ce n'est pas le silence doucement mélancolique des canaux de Bruges, troublé seulement par le battement d'ailes d'un cygne ou la cloche grêle d'un béguinage, ce sont les grincements de chaînes, les grands halètements de vapeur, les coups de sifflet, et les ronflements de machines.