Les boulevards modernes, les grandes rues nouvelles aux somptueuses façades, aux étalages luxueux, devanture de ville moderne qu'on trouve partout, vous ont bientôt jeté au cœur de la vieille cité. Le rideau est tout de suite tiré et le passé se dresse brusquement, à deux pas,—disons à une portée d'arbalète de la gare,—avec le château de Gérard le Diable qui touche à la cathédrale de Saint-Bavon, laquelle fait face à la Halle aux draps et au Beffroi communal; celui-ci est presque contigu à l'Hôtel de ville et tout à côté, dans un cercle étroit, on peut voir par-dessus les toits, les autres édifices principaux, Saint-Nicolas, Saint-Jacques sur le Marché du Vendredi et la masse noire et blanche du Château des Comtes.
GAND.—GRAND CHATELET D'ENTRÉE DU CHATEAU DES COMTES.
C'est toute l'histoire et la vie de la grande cité dans un très petit espace et les grandes figures de cette histoire si troublée s'évoquent toutes seules, les comtes des premiers temps, les chefs gantois, les Artevelde, Jacques et Philippe, Charles le Téméraire, sa fille, la pauvre Marie de Bourgogne, l'empereur Charles-Quint, né à Gand, le terrible duc d'Albe que les Réformés appellent le Bourreau des Flandres. C'est la naissance de Gand, entre le Château des Comtes et l'abbaye de Saint-Bavon, c'est la formation de l'industrie gantoise, les premières corporations, la charte de franchise octroyée en 1178 par Philippe d'Alsace, comte de Flandre, constructeur en 1180 du vieux château, c'est l'organisation des métiers et l'interminable suite de luttes, de soulèvements, d'émeutes et de massacres, de révoltes et d'écrasements, la résistance de l'indomptable fourmilière gantoise, et, après chaque défaite, la reprise obstinée de l'offensive contre toute domination, contre l'aristocratie bourgeoise, contre les rois de France suzerains de leurs Comtes, contre la maison de Bourgogne, contre l'Espagne de Philippe II.
Gand fut d'abord une bourgade formée au confluent de la Lys, sous les murailles de l'abbaye de Saint-Bavon, bourgade qui s'étendit peu à peu entre l'église et le château des Comtes. Dès le douzième siècle, Gand est déjà grande ville et son industrie de la draperie, son commerce lui ont apporté la richesse.
Le château des Comtes, comme nous le trouvons aujourd'hui est une exhumation. Il y a vingt ans, qu'en voyait-on? Rien que la porte noire, d'aspect si farouche, serrée entre deux banales maisons qui léchaient de leur fumée les créneaux de ses deux tourelles dépassant le toit.