Abandonné au quatorzième siècle par les Comtes, qui s'en allèrent habiter en ville un autre palais, «la Hoften Wale», la Cour du Prince, aujourd'hui détruit, le château fut alors affecté à divers services, le Tribunal du Comte et le Conseil de Flandre à partir du quatorzième siècle.

La belle grande salle d'en haut, dans le gros donjon central du château, continua à servir en des occasions solennelles pour des fêtes et des cérémonies; après celles des Comtes, celles des ducs de Bourgogne, banquets de la Toison d'or, réceptions d'ambassadeurs. Les Cours de justice fonctionnèrent ici pendant des siècles; à côté des salles de justice, se trouvaient les locaux-annexes obligés, le cachot et la salle de la question; les arrêts de mort s'exécutaient sur la petite place devant le Châtelet d'entrée, et Dieu sait s'il y en eut à certaines époques particulièrement sombres de la vie gantoise.

Du haut de ce Châtelet, on a une jolie vue sur la place Saint-Pharaïlde et son groupe de curieuses vieilles maisons, si bien découpées sur le ciel, avec les trois tours, Beffroi, Saint-Bavon et Saint-Nicolas, surgissant de la masse des toits, en arrière.

Voici, en prolongement de ces vieilles maisons, devant les tourelles trempant dans le canal, une très jolie chose qui n'a rien de la sévérité du vieux burg roman, le portique d'entrée du Marché au poisson, c'est-à-dire des colonnes et pilastres à bossages vermiculés, des chapiteaux ioniques en queues de poissons, des impostes encadrées de dauphins; au fronton, une grande statue de Neptune debout dans son char, sur le côté, grandes figures nues de l'Escaut et de la Lys symbolisant la pêche en mer et la pêche en rivière.

Le second burg de Gand, le Steen de Gérard le Diable, est d'un siècle plus jeune que celui des Comtes, il fut construit au treizième siècle par Gérard dit le Diable, châtelain de Gand. C'est un très gros morceau d'architecture, restauré aussi de nos jours, une puissante masse de bâtiments baignée à sa base par un petit bras de l'Escaut. Haut donjon carré, tourelles, longue façade éclairée par un étage de hautes fenêtres ogivales et par un autre de baies jumelles, renfermant de grandes salles et, au-dessous, une belle crypte aux voûtes soutenues par trois rangs de colonnes. L'excellent Guide archéologique de Gand nous apprend que le château de Gérard le Diable, devenu propriété de la ville, fut, à l'époque héroïque, l'arsenal des citoyens, puis prenant une destination plus pacifique, devint couvent, école, hospice d'aliénés, asile d'orphelins, séminaire même, et, pour finir, de nos jours dépôt des archives de la Flandre orientale.

GAND.—CLOITRE DE SAINT-BAVON.

Les plus anciennes pierres de Gand sont, avec celles du Château des Comtes, les restes de l'abbaye de Saint-Bavon, les arcades romanes accolées aux galeries gothiques, les cryptes et la tour octogonale du cloître, qui était le Lavatorium des moines au rez-de-chaussée, avec petite Chapelle à l'étage. Cette antique abbaye fondée au septième siècle par saint Amand et saint Bavon, montre encore des restes importants, malgré les destructions de Charles-Quint, rasant un vaste espace et construisant une forte citadelle pour maintenir des sujets trop prompts aux révoltes, destructions continuées par les Réformés.