GAND.—LE QUAI AUX HERBES, PIGNON DES FRANCS-BATELIERS.
Au pied du beffroi, presque devant la façade classique de l'Hôtel de ville, on a dégagé, restauré et complété—on dégage et on restaure beaucoup en ce moment à Gand—un bel édifice des quatorzième, quinzième et vingtième siècles, la vieille Halle aux draps.
C'est un vaste bâtiment à deux étages soutenus par des contreforts, entre deux beaux pignons flanqués de tourelles, l'un ancien, l'autre tout neuf. Au-dessus de la grande salle se trouve une magnifique salle inférieure, une sorte de crypte voûtée sur deux épines de gros piliers, et occupée actuellement en brasserie, authentique brasserie Moyen-Age cette fois, décor en vrai, bien fait pour donner encore meilleur goût à la bonne bière belge.
Comme le château des Comtes, tout cela, Halle aux draps et beffroi, se trouvait, il y a peu d'années, à peu près complètement enveloppé dans un massif de maisons sans caractère, parmi lesquelles il y avait la prison de la ville; on a rasé ces bâtisses en conservant seulement, à la base du beffroi, l'entrée de la prison. Ne disons pas trop de mal du dix-huitième siècle, il avait placé là une jolie chose, le Mammeloker, grand bas-relief décoratif, au milieu d'un fronton concave, représentant «la jeune Romaine qui nourrit de son lait son vieux père condamné à mourir de faim dans un cachot», ce qui est un gentil et coquet frontispice pour une prison.
En descendant par les divers marchés, marché au beurre ou au blé, on se trouve jeté sur un autre point célèbre de la cité de Gand, sur le quai aux Herbes où les grandes Maisons de Corporations, les pignons gothiques, Renaissance et même romans, se reflètent dans l'eau de la Lys, quand il n'y a pas trop de bateaux amarrés aux quais. C'est un point fort animé sur terre ou sur l'eau, et très remuant, très bien encadré de tous les côtés.
La magnifique façade du plus important de ces pignons, celui de la maison des Francs-Bateliers, vient d'être restaurée, on a retouché ou refait les moulures et sculptures de ses quatre ou cinq étages de fenêtres, ses nombreux écussons, le bas-relief au-dessus de la porte représentant une nef du quinzième siècle, les sculptures du pignon figurant des matelots, ainsi que celles des pinacles.