GAND—PORTIQUE DU MARCHÉ AUX POISSONS.
Cette maison fut construite par la corporation des Francs-Bateliers—les Navieurs—en 1530. Sa voisine est moins ancienne, c'est une façade beaucoup plus simple avec pignon à gradins et quelques ornements sous les fenêtres. C'était la maison des Mesureurs de blé.
Le pignon qui suit après un pignon minuscule abrité sous son aile, se carre solidement, plus rude, plus trapu, vieille façade romane d'un grand caractère assombrie par les siècles. C'est la Maison de l'Etape, siège de perception du droit d'étape que Gand prétendait avoir sur les grains et autres marchandises, droit contesté qui fut le sujet de dissensions avec les autres villes de Flandre.
Le tableau se complète, après ces pignons historiques, par un fond de maisons d'une jolie coupe, qui paraissent encore plus pittoresques, le soir, lorsque s'allument leurs rangées de fenêtres serrées, trouant toute la largeur de la façade, et dont toutes les lumières se reflètent, dansant en zigzags de flammes dans les eaux noires de la rivière.
Aujourd'hui, tout ce quartier central est bouleversé par la construction de l'Hôtel des Postes: on a démoli un certain nombre de maisons depuis le quai jusqu'à Saint-Nicolas, et pendant que l'on était en train, on a jeté bas les petites maisons qui encadraient si bien cette église. Elles l'encadraient sans la cacher, ce n'était pas comme à la Halle aux draps; on peut les regretter, elles faisaient valoir la vieille église et sa grosse tour.
Peut-être, pourrait-on dire que cet Hôtel des Postes tient à se montrer un peu trop moyen-âgeux. Au cœur du vieux Gand, dans ce milieu historique, il lance en l'air trop de tourelles qui ne le sont pas du tout. Ainsi, à Courtrai, devant le beffroi, s'élève orgueilleusement un Hôtel des Postes, plus Moyen-Age que le Moyen-Age lui-même, plus hérissé de tourelles que le vieux beffroi d'en face.
Il y a peut-être là exagération d'un bon principe, le principe du Traditionalisme en architecture, autrement dit, de la vraie Renaissance. C'est très bon et très heureux, l'adoption du style national, c'est-à-dire la reprise du style national flamand pur, non pas simplement pastiché, mais continué et adapté à notre époque et à ses nécessités. C'est surtout une question de goût et de mesure. Les gares de Furnes et de Bruges sont gothiques, pourtant elles n'ont rien de choquant, au contraire, car c'est un gothique logiquement adapté; tandis qu'on en connaît d'autres—il est vrai qu'elles sont d'une époque antérieure et mauvaise—qui sont Moyen-Age à peu près comme l'étaient les troubadours de pendule.
On peut trouver de meilleurs exemples récents. A Tournai, il y a un entrepôt de style flamand tout à fait intéressant et soigné. Qu'est-ce généralement qu'un entrepôt? Quelque chose comme un hangar à marchandises, une bâtisse ordinairement très laide, tandis qu'il y a là une recherche d'art et un fort bel édifice.