GAND.—MAISON DE LA FAUCILLE.
Saint-Bavon, la cathédrale, n'est Saint-Bavon que depuis que Charles-Quint supprima l'abbaye de Saint-Bavon, pour construire la citadelle destinée à mater la ville souvent rebelle. Avant qu'elle héritât du vocable et du chapitre de l'abbaye, elle était l'église Saint-Jean. C'est un très beau monument du treizième siècle pour le chœur, et du seizième pour la tour et le reste. La tour, cantonnée de quatre fines tourelles, est très haute, même sans flèches. Du côté de l'abside, sous les gables des premières chapelles, au pied d'un haut transept aux immenses verrières se blottit une petite chapelle extérieure. Les tourelles du transept, la grosse tour, la Halle aux laines dans le fond, et le beffroi, cela fait sur le ciel un alignement de silhouettes bien découpées.
Quant à l'intérieur, il semble un peu froid, grâce aux marbres blancs et noirs qui ferment le chœur, mais on y voit d'intéressants monuments, de grands tombeaux d'évêques, une superbe chaire, de nombreux tableaux dans les chapelles, parmi lesquels un Van Dyck célèbre: l'adoration de l'Agneau mystique, un Rubens sur la vie de saint Bavon, où l'on voit saint Bavon en gentilhomme Louis XIII se retirant du monde à l'abbaye de Saint-Amand. Saint Bavon était un noble Gantois du septième siècle qui, dans la première partie de sa vie, s'abandonna vilainement à toutes les débauches, déshonora sa famille et fit mourir sa femme de chagrin. Terrassé soudain par le remords, il chercha à obtenir le pardon du ciel par une vie d'austérités dans le cloître voisin, où il mourut en odeur de sainteté.
La chaire est à elle toute seule un immense monument, comme toutes les chaires des dix-septième et dix-huitième siècles que l'on voit en Belgique, d'une composition extraordinairement touffue, d'aspect peu religieux, qui sont plutôt des décorations de théâtre, malgré tout le talent déployé par des sculpteurs très savants, et malgré toute l'imagination mise en œuvre pour trouver des sujets allégoriques, bibliques, presque mythologiques même, puisqu'on y voit quelquefois le père Temps et des Vertus et qui semblent des Déesses, avec une profusion d'accessoires extraordinaires animés ou inanimés, des chars, des chevaux, des barques, etc...
Ici, l'ordonnance est fastueuse et très décorative: un double escalier très contourné et tarabiscoté, gardé par de grandes figures d'anges, encadre le groupe principal, la Vérité ou la Religion montrant les Livres Saints à un vieillard barbu qui représente à la fois le Temps et le Monde. Au sommet de la chaire, parmi des branchages désordonnés et des draperies soulevées par une nichée de chérubins voltigeant, des petits anges plantent la Croix.
L'œuvre, en bois et en marbre, terminée en 1745, est du sculpteur gantois, Laurent Delvaux.
L'église Saint-Jacques, sur une place en arrière du Marché du Vendredi, est un grand édifice très pittoresque dans ses parties élevées, très découpé, où, sur une nef et des chapelles gothiques, se dressent deux belles tours romanes sur la façade, et une tour centrale également romane, terminée par un étage gothique portant une haute flèche effilée. A l'intérieur, se voient quelques beaux monuments et un très curieux tabernacle de marbre en forme de clocher dix-septième siècle, à quatre ou cinq étages en retrait les uns sur les autres.