GAND.—INTÉRIEUR DU NOUVEAU BÉGUINAGE.
Le nouveau grand béguinage du Mont Saint-Amand, qui ne date que d'une trentaine d'années, est un peu en dehors de la ville, au-delà de l'abbaye de Saint-Bavon et des bassins. Il faut passer un certain nombre de canaux, la Lys, le bas Escaut, des voies ferrées, avec les gares d'Eecloo et du pays de Waes, entendre des sirènes de navires et des sifflets de locomotives, traverser les premières rues noires de charbon d'un faubourg industriel pour aboutir tout à coup au paisible petit village des béguines.
Que c'est à la fois près et loin de toutes ces usines et de tout ce mouvement de la grande ville! Il suffit de franchir le portail gothique pour tomber dans un autre monde, en dehors du temps et de la vie, qui, de l'autre côté de la muraille, gronde et se précipite tumultueusement.
Entièrement clos de hautes murailles de briques, le béguinage se compose d'un certain nombre de rues et de ruelles, autour d'une église dont on aperçoit le haut pignon dès la voûte ogivale de l'entrée. Ce Nouveau Béguinage, c'est en somme une petite ville construite tout d'une pièce, très intéressante dans son ensemble et charmante par l'aspect général, par tous les détails pittoresques que le tracé des rues et la plantation très étudiée des maisons fournit à chaque pas.
Tout est en briques, les murs des jardins, les maisons, avec des toits de grosses tuiles claires; ces maisons diverses d'importance, sont très variées de formes, avec des pignons en escaliers, des arrangements de fenêtres ou de toits, des lucarnes, de jolies portes de jardin.
On compte, dans l'enceinte, une quinzaine de couvents, plus de quatre-vingts maisons et une église au centre, église à nef très haute, grand portail flanqué d'une tourelle et campanile surmonté d'une longue flèche ardoisée. Plus de six cents béguines vivent dans ce village, dans ces petites maisons qui doivent être très claires, derrière les vitres des fenêtres nombreuses, groupées par rangées ou espacées deux par deux.
Dans le dédale des rivières, des canaux et des rues, d'une ville à la topographie aussi compliquée que celle de Gand, combien de choses intéressantes et d'aspect curieux rencontrées au hasard des promenades. Parmi toutes ces constructions nouvelles des grandes rues, ou les bâtisses industrielles qui s'alignent le long des berges, il y a bien des coins imprévus, des restes importants du vieux Gand, ou de pittoresques perspectives s'ouvrant tout à coup sur l'eau.—Lys, Liève, Escaut, bras, dérivations ou canaux—, avec souvent par-dessus les toits, quelques monuments se détachant sur le ciel.
Les vieilles maisons sont nombreuses dans les quartiers du centre, vers le Marché du Vendredi ou le Palais de Justice. Un des plus importants de ces vieux logis se rencontre derrière l'Hôtel de ville, dans la rue du Refuge, c'est l'hôtel connu sous le nom de la Faucille, ancien logis seigneurial occupé aujourd'hui par le Conservatoire de musique. La cour se laisse voir maintenant, complètement ouverte, grands bâtiments de briques sur arcades, avec une haute tour à laquelle s'appuie une petite chapelle également portée sur arcades, très beau morceau du quinzième siècle.
Dans la rue du Haut-Port, à côté, ce sont encore de hauts pignons à redans de la même époque, puis, rue du Serpent, rue des Gainiers, de vieilles façades brunies, quai de la Grue, rue du Vieux-Bourg, des maisons du dix-septième siècle à pignons décorés et curieux bas-reliefs sous chaque fenêtre.