GAND.
ENTRÉE DU NOUVEAU BÉGUINAGE.
L'institution de Sainte-Begga a traversé les siècles, il est peu de villes en Belgique qui n'aient leur petit enclos de béguines. Les béguines ne sont pas des religieuses, elles n'ont pas prononcé de vœux éternels, ce sont des femmes qui, sans abandonner complètement le monde, se réunissent dans des enclos consacrés, en vertu de fondations anciennes, pour vivre, travailler et prier en commun. C'est un refuge pour des femmes que la solitude dans le monde effraie, qui n'y trouveraient que le vide et la désolation dans la vieillesse, pour des veuves qui veulent passer le restant de leur vie dans une retraite pieuse. Elles peuvent n'avoir qu'un très petit pécule et compléter la somme nécessaire à leur entretien par un travail de couture ou de dentelle. Ainsi, en associant leurs ressources à plusieurs, la vie leur devient facile.
La discipline du béguinage n'a rien de celle des cloîtres fermés, les béguines peuvent sortir, aller et venir, rentrer dans le monde, s'il leur plaît; les petites maisons, suivant leur importance, sont occupées par une béguine ou par un groupe. Elles vivent et travaillent ensemble, égrènent des rosaires, et quand la cloche de la petite église tinte, de chaque petite porte sortent des formes noires, des femmes enveloppées de longues mantes, en cornettes blanches ou en capuchons, chaque ruelle fournissant son contingent à la longue file en marche lente vers l'église, dans la paix et le silence qui planent sur l'enclos. Ces petits groupes, ces mantes sombres isolées, c'est comme un long chapelet vivant, à grains noirs se déroulant à travers les ruelles.
Aux offices du soir, la cloche les exhorte,
Et chacune s'y rend, mains jointes, les yeux clos,
Avec des glissements du cygne dans l'eau morte.
a dit Rodenbach, le poète des béguinages, du silence et de toutes les mélancolies, à qui justement Gand vient d'élever un monument près de l'église de l'ancien grand béguinage.
Les deux béguinages de Gand ont été fondés en 1234 par la comtesse Jeanne de Constantinople et sa sœur Marguerite. Le petit béguinage Notre-Dame est toujours à la même place, rue Longue-des-Violettes, joli nom pour ce nid d'humbles et pauvres existences, mais les violettes sont aujourd'hui bien enfermées dans les grandes bâtisses et les rues en rumeur, à deux pas du mouvement le plus intense de la vie moderne, près de la grande gare.
Comme tous les enclos de béguines, celui-ci a son église, édifice du dix-septième siècle, joli à l'intérieur, en dépit de la froideur peu engageante de sa façade.