Rien de bien remarquable à l'intérieur des écussons armoriés accrochés aux piliers, quelques tableaux, un, entre autres, rappelant un citoyen de Gand, Olivier van Minjau, qui fut un notable chef de famille, père de dix filles et de vingt et un fils, à la tête desquels,—seulement les fils,—armés en guerre, il s'était montré, en 1526, à une solennelle entrée de Charles-Quint, qui s'empressa de lui accorder une pension probablement très nécessaire.
Et ces trente et un enfants, moins de trois mois après, mouraient dans une épidémie de suette importée d'Angleterre, et s'en venaient, avec leurs parents, se coucher au cimetière entourant Saint-Nicolas.
Il y a encore Saint-Michel, Saint-Pierre, Saint-Martin, Saint-Etienne, Saint-Sauveur, Sainte-Anne, cette dernière moderne. Saint-Michel a une très vilaine et très triste façade, sous une tour restée inachevée depuis des siècles, mais le côté de l'abside qui trempe dans l'eau de la Lys est d'un effet assez pittoresque, vu du pont réunissant le Quai aux Herbes au Quai au Blé. En arrière de cette abside, une longue façade grise et morne trempe aussi dans la rivière, vieille muraille de couvent abandonné alignant deux files de fenêtres ogivales, les unes bouchées, d'autres plus ou moins transformées. C'était un couvent de Dominicains qui eut des malheurs au temps des guerres de Religion; son église a disparu, mais le cloître défiguré subsiste, simple cour aujourd'hui, pour des bâtiments convertis en magasins et logements.
L'église Saint-Pierre a été construite sur l'emplacement d'un oratoire de Saint-Amand, c'est l'église classique du dix-septième siècle, un portail à fronton surmonté d'un dôme. Cela s'arrange bien de loin, au-dessus de l'eau, parmi le vert des arbres et le rouge des toits. A l'intérieur, des sculptures et de belles grilles de chœur de style Louis XV.
Saint-Martin, très loin du centre, au boulevard d'Akkergen, est assez curieux avec ses trois nefs d'un gothique très simple et sa chapelle annexe du Saint-Sépulcre; les autres églises ont peu d'intérêt.
Gand possède plusieurs béguinages, il y a le petit et le grand, ce dernier tout à fait moderne; une curieuse petite ville toute neuve a remplacé l'ancien grand béguinage, ou béguinage Sainte-Elisabeth, rue de Bruges, du côté de la porte du Rabot. C'était aussi une petite ville à part dont il reste quelques ruelles avec quelques curieuses rangées de petites maisons, et l'église, aujourd'hui paroisse Sainte-Elisabeth, édifice du dix-septième siècle. Il y avait là six cents béguines; le nouveau grand béguinage en compte au moins autant.
L'institution des béguines date de loin, on la fait remonter aux temps mérovingiens et la fondatrice de l'ordre serait en même temps quelque chose comme la fondatrice de la monarchie carlovingienne. Cette fondatrice marraine de l'ordre, c'est sainte Begga, qui vivait au septième siècle.
Quand on va de Louvain à Liége, on passe à Landen, vieux petit pays dont les contours ont de l'allure, village modeste, mais berceau illustre de la famille carlovingienne. Vers le milieu du septième siècle, vivait dans un burg sur ces collines, Pépin de Landen, dont la fille ou la sœur, la princesse Begga, devint duchesse de Brabant et mère de Pépin d'Héristal,—par conséquent, grand'mère de Karl Martel, qui à la tête de toute la chevalerie franque, refoula les hordes de l'Islam, parvenues à Poitiers,—par conséquent aïeule de Charlemagne, Empereur d'Occident à la barbe florie.