Le bourg et ses monuments.—En haut du beffroi.—Le carillon.—Le Saint-Sang.—Les cygnes expiatoires.—Les grandes églises.—L'hôtel de Gruuthuse.—L'hôpital Saint-Jean.—Le lac d'Amour et le béguinage.
Le Musée archéologique de Bruges conserve le cuivre d'un admirable plan dessiné par Gheeraerts, en 1562, où toutes les rues et places, les canaux, les églises, les édifices et toutes les maisons, une à une, se trouvent figurés à vol d'oiseau, avec un détail et un fini remarquables. Ce portrait de sa jeunesse, ou plutôt de son bel âge, Bruges peut le regarder encore avec orgueil; malgré les trois siècles et plus qui ont passé sur elle, le portrait est toujours ressemblant. Bruges n'a pas de rides, Bruges est restée Bruges la belle, aujourd'hui, comme alors. C'est toujours Bruges la princesse, en robe rouge à ramages gothiques.
Ne l'appelons jamais Bruges-la-Morte, Bruges est bien vivante, elle n'est même nullement mélancolique, quoi qu'on dise. De la mélancolie, il y en a peut-être dans certains quartiers, mais rien de maladif ni de dolent. Et quelle ville n'a pas ses coins un peu abandonnés, dont l'aspect semble un bâillement ou une lamentation? Bruges n'a pas de ces coins-là, car la mélancolie y est de la poésie.
Elle a moins de population qu'autrefois, cela est exact, l'ardeur et les fièvres du négoce qui la tenaient jadis l'ont un peu abandonnée sans doute, mais qu'importe si elle demeure toujours superbe autant que Venise, avec seulement moins de bleu dans le ciel, et si elle reste vraiment la Perle des Flandres.
Bruges combat pour la beauté, puisque tous ses efforts tendent à sauvegarder son caractère de ville d'art, de reliquaire de vieilles et précieuses architectures, puisqu'elle entretient soigneusement ses grands monuments, puisqu'elle restaure ceux que le temps veut détruire, et qu'elle rétablit même les façades de celles de ses maisons qui, aux époques d'aberration, avaient subi, sous prétexte de modernisation, des grattages et des transformations.
Elle combat pour la beauté, puisque dans ses constructions nouvelles elle reprend les traditions de son passé, et réussit à concilier les convenances modernes avec les sentiments et le goût des ancêtres.
LE BEFFROI DE BRUGES.