Cela se voit dès la gare. Mon Dieu oui, la gare n'étonnerait nullement l'artiste du plan de 1562, qui la dessinerait immédiatement. Une gare, c'est, dans la vie actuelle, aussi important qu'un Hôtel de ville. Pourquoi ne pas fignoler une gare autant qu'un beffroi ou une porte de ville? Bruges a fignolé la sienne et elle a donné un bon exemple. Il y a dans cette gare, une salle des Pas Perdus qui semble une salle échevinale, et un beffroi domine le tout de très haut, pour donner l'heure au loin. Bonne entrée de ville, cela remplace les portes monumentales, militaires ou autres.

BRUGES.—CHAPELLE DU SAINT-SANG.

Au point de vue de la beauté sur laquelle le poète nous convie à écarquiller nos yeux:

«Ecarquille les yeux à la beauté des choses...»

le présent, presque partout, n'a rien à gagner aux comparaisons avec jadis. Ici, dans ces rues de Bruges la belle, le présent n'est que le passé qui continue. Qu'il continue donc longtemps, et saisissons toutes les occasions qu'il offre d'écarquiller nos yeux.

D'abord, pénétrons au cœur de la cité, pour saluer le grand Beffroi, si fièrement campé sur le bâtiment des Halles, depuis le treizième siècle.

Le berceau de Bruges, c'est le vieux bourg, c'est-à-dire le Burg, avec le Palais du Franc et l'Hôtel de ville; la Grande Place et ses entours, ensemble défendu alors par des murailles et des canaux. Cela, c'était la ville des premiers temps, assez vite forcée de s'agrandir, en raison de la prospérité de son commerce, d'élargir à plusieurs reprises sa ceinture de murailles, pour loger tous ces gens de négoce qui venaient à elle, et abriter leurs navires, des centaines de nefs de toute taille, dans ses canaux ou dans son avant-port de Damme, créé au douzième siècle, sur le bras de mer du Zwin.