BRUGES.—ENTRÉE DU BÉGUINAGE.
X
BRUGES (suite).
Rues et canaux.—Le style flamand.—La Loge des Bourgeois et les Chambres de Rhétorique.—Les Loges des Nations.—La Toison d'or.
Nulle ville autre que Bruges ne présente, dans ses édifices bourgeois, le style flamand de la période gothique ou de la Renaissance aussi déterminé et caractérisé. Il y a dans Bruges une telle collection de pignons de tout âge, que les séries d'exemples abondent pour chaque époque, depuis les pignons les plus simples, les plus modestes, jusqu'aux façades les plus découpées et ouvragées, depuis l'humble petit pignon de maisonnette populaire, comme on en voit dans les quartiers pauvres, où les dentellières réunies par groupes, travaillent dans la rue, sur le pas de quelque vieille porte en ogive, jusqu'aux orgueilleux pignons des maisons de Corporations ou des logis de riches bourgeois, où la brique est travaillée et dessine du haut en bas de la façade, des cordons d'arabesques.
Le principe, c'est l'encadrement des portes et des fenestrages par des moulures, des rangées de briques en pointe ou taillées, mettant au sommet de chaque ouverture un arc trilobé, mais le tracé se complique et s'enjolive de fantaisies, et tout le pignon se décore de moulures, de grandes arcatures à crochets, de trilobés et de roses quadrilobées.
Au hasard de la promenade à travers la ville, en zigzaguant de rue en ruelle, en passant les canaux sur de vieux ponts plus ou moins en dos d'âne, notons les points où ces vieilles architectures se découpent le plus pittoresquement, et les coins de tableaux apparaissant par des ouvertures entre les murailles rouge sombre, avec des trous de lumière sur quelque morceau de jardin fleuri bien imprévu, ou sur quelque petit canal entrevu, se perdant mystérieusement dans un tohu-bohu de constructions.
On vient de restaurer, au centre de la ville, l'ancienne Loge aux Bourgeois, jadis lieu de réunion, local d'une société de l'Ours au quinzième siècle, ce que rappelle un ours placé depuis 1417 dans une niche,— «le plus vieux Bourgeois de Bruges», comme on le nomme—local devenu ensuite le siège de la Chambre de rhétorique du Saint-Esprit, et depuis 1719, de l'Académie des Beaux-Arts.