BRUGES.—LA LOGE AUX BOURGEOIS RESTAURÉE.
On sait ce qu'étaient ces Chambres de rhétorique des pays flamands, curieuse institution qui tint pendant plusieurs siècles une place des plus importantes dans la vie des cités, grandes ou petites. Leur origine est très ancienne et l'on pourrait les rattacher aux confréries du Gai Savoir des vieux trouvères, comme à celles des ménestrels et des acteurs des mystères et moralités.
Dans toutes les villes, même les plus modestes, ce qui indique bien l'extraordinaire prospérité des Flandres, malgré les guerres et les calamités publiques, étaient organisées, à côté de toutes les confréries diverses, combien nombreuses, une ou plusieurs Chambres de rhétorique, c'est-à-dire sociétés bourgeoises de récréation, académies littéraires s'occupant de fêtes, de musique, de poésie, sous le haut patronage des princes,—surtout au temps de la Maison de Bourgogne,—sociétés très bien vues, jouissant de nombreux privilèges et même subventionnées par les villes.
BRUGES.—PIGNON RUE FLAMANDE.
Les Chambres de rhétorique possédaient des locaux pour leurs réunions, elles avaient des dignitaires, des bannières, des insignes; elles organisaient des représentations dramatiques, des cortèges dans les grandes occasions, aux entrées des Rois ou des Princes et prenaient part en corps à toutes les processions et fêtes religieuses. Parfois s'ouvraient de grands concours entre les villes, et c'étaient des occasions de fêtes interminables, de réunions, de banquets, au cours desquels pour les beuveries joyeuses, circulaient les hanaps d'honneur, sous les écussons des personnages importants et les bannières victorieuses de la Chambre.
La vieille Loge aux Bourgeois, abîmée par les siècles, n'était plus qu'un bâtiment informe, lourd d'aspect, surmonté d'une tourelle découronnée, et maintenant, après restauration, ou reconstitution si l'on veut, c'est un fort joli fond de perspective pour le Canal du Miroir sur la Place Van Eyck, très belle place, admirablement encadrée par une rangée de magnifiques pignons, qui commence à l'ancienne Loge des Portefaix et au porche du Tonlieu, charmante petite construction du quinzième siècle, très décorée, restaurée de nos jours, comme toutes les façades de la rangée.