Dès le septième siècle, il y avait un burg sur l'Escaut, au Steen.—La légende le fait bien plus vieux, et raconte que ce burg était le repaire d'un géant farouche, nommé Druon d'Antigon, qui percevait un tribut sur toutes les marchandises passant par le fleuve et coupait la main droite aux marchands récalcitrants. Sylvius Brabo, chevalier romain, comme on disait dans les romans du Moyen-Age, vint défier le géant dans son repaire, le tua, comme de juste, et lui coupa les deux mains qu'il jeta dans le fleuve.

Hand Werpen, lancement de la main, de là le nom d'Anvers «Antwerpen». Et la légende ajoute que le vaillant chevalier Brabo, illustré par son exploit, s'en alla de plus fonder le duché de Brabant.

Le Steen d'aujourd'hui, restauré tout récemment, est l'édifice réédifié au seizième siècle sur l'emplacement d'un château du treizième siècle défendant la petite cité du Moyen-Age, enfermée dans une enceinte fort étroite, mais qui sentait déjà le commencement de ses prospérités et faisait craquer ses murailles assez rapidement.

Le quatorzième siècle vit la fortune commençante d'Anvers, le quinzième son rapide développement, et le seizième le triomphe de la ville sur les cités rivales qui tenaient depuis des siècles le sceptre du commerce. Lorsque Bruges descend, quand l'ensablement du Zwin et des ports de Damme et de l'Ecluse fait abandonner l'ancienne route des navires et déserter les Halles et les comptoirs brugeois, c'est Anvers qui hérite des établissements commerciaux, des comptoirs de la Hanse et des Nations, ainsi que de toutes les flottes et des convois de marchandises venant de tous pays par la mer, par les canaux ou par les routes de terre.

C'est une prospérité inouïe. Anvers prend la première place comme ville de négoce et cette richesse de la ville, cette opulence de ses marchands, font sortir de terre églises et palais, maisons de corporations, grands logis bourgeois, monuments publics. Anvers a bientôt plus de deux cent mille habitants; elle déborde de son enceinte qu'il faut élargir et élargir encore. Des centaines de navires se balancent au mouillage devant ses murs, ils arrivent par flottilles, quelquefois cinq cents navires par jour, pendant que deux mille chariots de marchandises par semaine se présentent à ses portes.

CATHÉDRALE D'ANVERS.

Prospérité inouïe. C'est une ville de commerce et de banque et non une ville fabricante comme l'étaient les grandes communes: Gand, Bruges et Ypres. Il y avait à Anvers un millier de maisons étrangères et l'on disait qu'il s'y traitait plus d'affaires en un mois qu'à Venise en deux ans.