Et cette riche cité est souvent en fêtes: joyeuses entrées de Princes, de Rois et d'Empereurs, Maximilien, Charles-Quint, tournois, carrousels, fêtes des Chambres de rhétorique,—bourgeois et marchands rivalisant de luxe avec les princes et les seigneurs.

Le ciel s'assombrissait pourtant. Déjà les querelles religieuses menaçaient de tourner en guerres civiles et la riche cité commerçante, après de triomphales périodes, allait voir des séries d'années cruelles.

Le Steen, réédifié en 1520, a été complètement restauré depuis quinze ans et transformé en Musée. C'est un petit château seizième siècle avec quelques tours portées sur des bases plus anciennes, des pignons en escalier, un grand bâtiment à fines tourelles regardant les bassins. La vieille porte ogivale donne sur une jolie cour pittoresque où se trouve l'entrée du Musée sous la saillie de l'ancienne chapelle. Avant la restauration, c'était un autre genre de pittoresque; le Steen vendu à la Révolution avait été fort maltraité et avili, on y avait établi une scierie et des ateliers; des bicoques de toutes sortes s'étaient incrustées dans ses vieilles murailles et accrochées extérieurement aux tours.

Le Musée est intéressant pour ses souvenirs locaux. Les instruments de torture qui s'y trouvent conservés n'ont pas beaucoup changé de place, car le Steen fut prison pendant des siècles, prison terrible pendant les troubles et les guerres de la Réforme, et ses cachots, ses salles de la question virent passer d'innombrables prisonniers.

ANVERS.—PUITS DE QUENTIN METZYS.

Ce n'était plus le temps des joyeuses entrées ni des fêtes. Au commencement du soulèvement des Gueux, quand tout le pays en insurrection se trouvait pour ainsi dire entre les mains des révoltés protestants de toute secte, que la régente Marguerite de Parme était enfermée à Bruxelles, sans pouvoir aucun, les Réformés iconoclastes avaient attaqué la procession de l'Assomption, et, pendant trois jours, s'étaient livrés à tous les excès: destruction des monuments religieux, dévastation et pillage de la cathédrale et de toutes les églises, massacre des opposants, trois journées de véritable mise à sac, simple répétition d'ailleurs de ce qui se passait aux mêmes moments à Gand, Ypres, Furnes, Malines, Valenciennes, Amsterdam, Leyde, et, partout, villes et campagnes, où les églises et les abbayes furent dévastées de fond en comble.

Ce que la splendide cathédrale d'Anvers perdit de monuments en ces explosions de folie sauvage, on le devine. Envoyé par Philippe II pour réduire les Flandres, le terrible duc d'Albe allait entrer en scène. Il arrivait à petites journées par l'Italie, la Savoie, la Franche-Comté. Son armée, composée de dix mille fantassins et de trois mille cavaliers, tous vieux soldats, suivis de mille courtisanes, se grossissait en route d'autres régiments éprouvés et d'escadrons de reîtres; la terreur de son approche remplissait les Flandres et faisait fuir à la hâte les gens compromis dans la révolte...