Ainsi Anvers, parvenu si rapidement à l'apogée de sa fortune, allait, tout aussi rapidement, par une suite de malheurs, redescendre la pente escaladée.

La guerre sévit partout, le négoce tombe à plat, tous les commerçants étrangers ont fermé leurs comptoirs. Anvers épouvanté végète sous les canons de la citadelle espagnole.

En 1576, après une suite de revers des Espagnols, quand la situation devient dangereuse pour eux, Anvers subit l'effroyable accès de rage des vieilles bandes d'Espagne, les trois journées terribles de ce qu'on a appelé la Furie espagnole.

Le 4 novembre, les troupes de la citadelle, demeurées sans solde depuis vingt-deux mois, se mutinent, réunies à un corps accouru d'Alost, sortent tout à coup de la citadelle, alors assiégée par les troupes des Etats, tombent sur la ville, enlèvent les retranchements et mettent tout à feu et à sang. L'Hôtel de ville flambe et, avec lui, huit cents maisons; trois jours durant, les Espagnols égorgent, pillent et brûlent, jettent sept mille cadavres sur le pavé de la ville.

ANVERS.—MAISONS DE CORPORATIONS, PLACE DE L'HOTEL-DE-VILLE.

Six ans après, c'est une secousse nouvelle. La ville était au pouvoir des Etats; le duc d'Alençon, frère d'Henri III, qui venait d'être élu duc de Brabant, reçu dans la ville avec magnificence, essaya de s'en assurer la possession. Sous prétexte de passer son armée en revue, il la réunit sous les murs de la ville. Tout à coup, un tumulte préparé s'élève à l'intérieur, l'escorte du duc qui partait pour la revue tombe sur la garde de la porte de Kindorp, la massacre et toutes les troupes massées au dehors s'élancent au cri de: Ville gagnée! Mais, revenus de la première surprise, les gens d'Anvers résistent, tendent leurs chaînes, se réunissent et chargent les assaillants; ceux-ci arquebusés de partout, écrasés sous les meubles qui leur pleuvaient sur la tête, massacrés à leur tour, sont acculés aux portes fermées, et bientôt obligés de sauter par-dessus les remparts pour s'échapper, laissant douze cents soldats et quatre cents gentilshommes sur le terrain.

Puis, c'est l'armée victorieuse du duc de Farnèse qui vient bloquer la ville, place d'armes des Etats, c'est le grand siège de 1584 et 1585, siège mémorable pendant lequel les Espagnols et les Anversois, pour la défense de leurs forts et de leurs circonvallations, inondèrent le terrain sur d'immenses étendues en amont et en aval, couvrant sous les eaux 300 kilomètres carrés!