ANVERS.—ENTRÉE DE LA BOURSE.
Outre de formidables ouvrages et les grands forts Sainte-Marie et Saint-Philippe, les Espagnols avaient barré l'Escaut par d'énormes estacades et une chaîne de trente-deux gros navires, le tout défendu par quatre-vingt-dix-sept canons. Les Anversois aux abois s'efforcèrent de détruire ces estacades par tous les moyens, canonnades, machines infernales, jusqu'au jour où treize brûlots chargés de mines réussirent à faire sauter le barrage, en tuant huit cents Espagnols par leur explosion.
Néanmoins, le passage demeura fermé par de nouveaux retranchements, de nouvelles digues, et Anvers, épuisé, affamé, dut se résoudre à capituler, à des conditions d'ailleurs honorables.
Mais à la fin des guerres, dans le traité de Munster qui reconnut l'indépendance des Provinces-Unies de Hollande, une clause ordonnait la fermeture de l'Escaut, et mieux que l'estacade de Farnèse, cet article, bouclant le port d'Anvers, acheva la ruine de la ville au profit d'Amsterdam et Rotterdam. Anvers tomba si bien, qu'à la fin du dix-septième siècle, des milliers de maisons étaient vides d'habitants.
Après deux siècles, tout à coup, la grande tourmente de la Révolution souffle. Les vieux traités sont déchirés, l'Escaut est libre et Anvers commence à renaître. Un grand monument, sur la Place Marnix de Sainte-Aldegonde, commémorant l'affranchissement de l'Escaut, montre à son sommet le fleuve Scaldis délivré de ses chaînes et foulant aux pieds le traité de Munster.
Anvers reprenait le cours de ses prospérités. Quelques secousses encore pendant les grandes guerres et un siège en 1814, rappelèrent les mauvais jours; cela s'acheva après la Révolution belge de 1830 par le siège de la vieille forteresse des Espagnols restée aux mains des Hollandais. Le général Chassé, commandant de la citadelle, bombarda la ville, mais, investie par une armée française, la citadelle capitula en décembre 1832.
L'Hôtel de ville avait été achevé en 1565; incendié lors de la Furie espagnole, il fut restauré ou plutôt réédifié tout de suite après. Anvers n'est pas une de ces grandes communes de la période gothique; c'est une ville de la Renaissance, et son temps de gloire, c'est le seizième siècle. L'Hôtel de ville ne monte pas, il n'a pas de beffroi lancé à l'escalade des nuages et qui s'élève en élan passionné, tout en âme, en imagination fière et joyeuse; c'est un large et ample monument d'une architecture qui ne cherche rien du tout, mais entend jouir commodément des agréments de la vie, de la richesse et du luxe. L'architecture de la Renaissance classique, ce serait, on peut bien le dire sans blasphème artistique, une architecture d'opulent parvenu qui fait bâtir en y mettant le prix, en prenant dans les cartons quelque chose de cossu et de tout fait.