C'est néanmoins un bel édifice, bien proportionné, solidement assis; ses nobles colonnades, le superbe pavillon central en avant-corps pyramidant élégamment, la longue galerie ouverte qui règne en haut, forment un ensemble majestueux, mais il n'y a pas de détails particuliers à chercher et à savourer, de fioritures à caresser particulièrement des yeux ou du crayon comme on en trouve dans tel modeste petit bâtiment de petite cité.

Une fontaine du sculpteur Jef Lambeaux dresse, sur un massif rocheux posé à même sur le pavé de la place, le bon chevalier Brabo en costume du commencement du monde, lançant à toute volée les mains du méchant géant Antigon, étendu mort sur la pente du rocher.

ANVERS.—STATUE DE SYLVIUS BRABO.

A l'intérieur on voit de nobles salles et d'intéressantes décorations, surtout les belles compositions du grand peintre Leys, l'artiste aux étonnantes reconstitutions, qui faisait si bien revivre les gens, les esprits, les sites, les architectures du Moyen-Age, dans l'atmosphère même du temps, à ce qu'il semble: la joyeuse Entrée de Charles-Quint, le bourgmestre Lancelot d'Ursel haranguant les milices communales sur la Grand'Place, en 1541, au moment de marcher à la bataille, la Régente Marguerite de Parme à Anvers, etc...

La Grand'Place est en train de prendre une physionomie dans le genre de celle de la Grand'Place bruxelloise, avec la restauration ou reconstitution des vieilles façades des maisons de corporations qui la bordent, lesquelles, hélas, avaient été bien abîmées, abandonnées et transformées depuis longtemps. On refait les pignons, on redonne du style aux façades trop dénaturées. Il y a les maisons des Serments ou Corporations, celle des charpentiers, celle des drapiers du seizième siècle, reconstruite après la Furie espagnole, la maison des Tonneliers, la maison de l'Arbalète ou de Charles-Quint, de 1515, la plus haute, six étages et une façade complètement en fenêtres, avec des pilastres décorés, des armoiries; on vient de rétablir au sommet du pignon la statue équestre de saint Georges, patron de la Guilde des Arbalétriers. A côté, s'érige une autre grande façade gothique.

Les rues autour du Palais-Municipal, rue des Serments, rue des Rôtisseurs, à côté de ces pignons nouveaux, sont toutes d'aspect ancien; les hautes façades ont un grand caractère, pignons immenses, noircis par les siècles, longues lignes de fenêtres à meneaux. Combien d'étages jusqu'à la pointe du pignon? On ne sait. Et tout le quartier est ainsi.