La dernière reine de la mode, reine austère et pincée qui mettra le siècle en pénitence pour le punir de toutes les frivoles inventions de son bel âge, ce sera la réfrigérante Mme de Maintenon.

En attendant, c'est Ninon de l'Enclos la séductrice qui traverse tout ce siècle, ou c'est la Vallière, c'est Montespan, c'est Fontanges, avec une foule de reines d'un jour ou de demi-reines.

Comme Louis dit: «l'Etat c'est moi», la marquise de Montespan peut dire: «la Mode c'est moi!» Cela n'empêche pas une foule de génies féminins de trouver chaque jour quelque idéal colifichet, quelque coquetterie jolie à faire tourner toutes les têtes, quelque arrangement nouveau que les marquis de Molière trouveront délicieux.

Pour les hommes c'est le temps des canons, des rhingraves, ces bizarres hauts de chausses en forme de jupons enrubannés, des petites oies en bouquets de rubans. Pour les femmes, nulle époque ne vit ajustements plus riches. Hommes et femmes se ruinent en déploiement de faste.

Pas trop de changements dans les grandes lignes, mais d'incessantes petites modifications de détails et d'ornementation. Ce fut un défilé de modes rapides, se succédant plus somptueuses ou élégantes les unes que les autres, et l'on trouva pour les désigner une foule d'appellations pittoresques: les galants, les échelles, les fanfreluches ou menues bouffettes de soie, les transparents, les falbalas, les prétintailles, les steinquerkes et les coiffures à la Fontanges, l'hurluberlu, etc.

Voyons les portraits des belles du siècle, des belles des commencements, du temps des ruelles et des précieuses de l'hôtel de Rambouillet, et des belles des Tuileries ou de Versailles, étoiles des fêtes du roi du Soleil. C'est la coiffure en largeur qui domine d'abord, ce sont pendant longtemps les cheveux frisés sur le front et tombant en frisures, en boucles très larges sur le côté ou en cadenettes suivant la mode inventée sous Louis XIII par M. de Cadenet, frère du connétable de Luynes, longues tresses nouées par des nœuds de rubans dénommés «galants». Avec cela des robes fort décolletées, laissant largement voir les épaules, des colliers de grosses perles, les derniers rabats de dentelles qui diminuent et disparaissent complètement, des corsages en pointe à belles et fines broderies, des manches courtes ouvrant sur des flots de linon ou des manchettes de dentelles.

Commencement du grand règne.