Les coiffures commencent bien à monter, mais elles sont toujours élégantes et seyantes, la chevelure poudrée est relevée sur le front bien dégagé, arrangée en coques et en rouleaux, mêlée avec des touffes de rubans, des plumes et des perles.

Voyons ces mêmes dames à la promenade de Longchamps, au grand défilé traditionnel de Pâques, dans les superbes carrosses peinturlurés et dorés,—véritable carrosserie de conte de fées, auprès de laquelle les plus somptueux équipages cirés, brossés et vernis de notre prosaïque époque, sembleraient de vilaines et funèbres boîtes, étalant un luxe croque-mort.

Dans ces imposants carrosses, menés par d'imposants cochers en perruques, soutachés et galonnés, avec de grands diables de laquais aux éclatantes livrées accrochés à l'arrière-train, dans toutes ces éblouissantes voitures, quel déploiement de toilettes luxueuses, de dentelles, de plumes et de rubans, de diamants et de perles!

Des heiduques galopent aux portières, des coureurs en bizarres costumes, jouent des jambes à travers le flot des équipages, des cavaliers et des belles amazones, tandis que sur les bas côtés de la route, dans la foule accourue pour admirer les beautés à la mode et la mode elle-même, dans le brouhaha des rencontres, des conversations avec les jeunes seigneurs, les petits-maîtres et les grands roués, la marquise et la présidente, la dame de qualité et la financière coudoient la demoiselle d'opéra, la folle actrice, coqueluche des jeunes galants de la comédie, qui se la disputent, ou l'impure échappée de quelque folie de grand seigneur ou de gros traitant, la courtisane qui sera peut-être la semaine prochaine Reine de la main gauche.

D'après Moreau le Jeune.

Vienne l'hiver, et ces élégantes laisseront leurs carrosses et leurs chaises à porteurs;—encore une des plus délicieuses créations de ce siècle charmant,—elles quitteront leurs chaises, peintes au vernis Martin de sujets galants et de bergeries à la Boucher ou à la Watteau; elles quitteront dentelles et rubans, s'habilleront, s'envelopperont et se coifferont de fourrures, et s'en iront, leur joli nez rose enfoui dans la zibeline ou le renard bleu, les mains enfoncées dans l'immense manchon gros comme un tambour, courir sur la neige dans les superbes traîneaux contournés, tarabiscotés et peinturlurés, ornés de figures sculptées et dorées, de la plus étonnante fantaisie.