Cela finit pourtant en octobre par la retraite définitive de Condé et par la soumission de la ville et du Parlement. Le 19 octobre 1652, le roi rentrait dans sa capitale. Dans un lit de justice tenu au Louvre il accordait amnistie générale, sauf pour quelques ducs et princes et onze membres du Parlement, et par une solennelle déclaration il interdisait au Parlement de prendre à l’avenir connaissance des choses de l’Etat et de la direction des finances, de s’occuper des affaires des princes et des grands, et d’avoir en aucune façon rapports quelconques avec eux. L’humiliation était complète pour le Parlement abandonné de tous et chansonné à son tour. Le peuple des barricades, heureux maintenant de voir ces conseillers et avocats bafoués et humiliés, les accablait de sarcasmes, se montrait indifférent aussi à l’arrestation du cardinal de Retz, et se préparait à recevoir bientôt avec applaudissements et feux de joie le cardinal Mazarin, qu’il aurait de si bon cœur mis en pièces peu de semaines auparavant, s’il l’avait pu tenir.
Le 3 février 1652, le cardinal entrait à Paris. Le roi était allé au-devant de lui jusqu’à deux lieues de la ville; on vit les gens de qualité, d’anciens frondeurs, se confondre en bassesses devant cette Eminence tant ridiculisée et si longtemps combattue. Peu après, le prévôt des marchands et les échevins lui donnèrent un superbe festin à l’hôtel de ville. Pendant le concert qui suivit le repas, le cardinal, accueilli aux fenêtres par des acclamations, fit jeter des pièces de monnaie à la populace. Et le Parlement, qui mettait naguère sa tête à prix, s’efforçait de rentrer dans ses bonnes grâces et condamnait à mort par contumace le prince de Condé resté seul à continuer, de concert avec les Espagnols, la campagne en Artois.
Bien peu après ces années agitées, le Parlement, en 1655, essaya de montrer quelques dernières velléités d’indépendance au sujet de certains édits que le roi était venu faire enregistrer en lit de justice, et contre l’enregistrement desquels les magistrats voulaient protester. Louis XIV apparut pour la première fois ce qu’il devait être pendant son long règne. Il chassait à Vincennes lorsqu’on lui apprit ce qui se passait au Palais. Laissant aussitôt la chasse, il partit sur un autre gibier, galopa jusqu’au Palais et tout à coup, dans la Grande chambre, apparut en habit de chasse, en grosses bottes et le fouet à la main, et s’asseyant avec autorité, il fit aux magistrats stupéfaits ce bref discours: «Chacun sait, messieurs, les malheurs qu’ont produit vos assemblées, j’ordonne qu’on cesse celles qui sont commencées sur mes édits. Monsieur le premier président, je vous défends de souffrir ces assemblées et à pas un de vous de les demander!»
Le Parlement se le tint pour dit. Pendant soixante années, après les quatre années orageuses de la Fronde, le Palais vécut tranquille. Le Parlement soumis n’intervenait dans la politique royale que lorsque le roi le voulait et dans les limites strictes qu’il lui avait tracées. Les grands jours du Palais ne furent alors que les jours où le roi venait tenir quelque lit de justice.
Le 2 septembre 1715, le roi étant mort la veille, le Parlement se réveilla et sans tergiverser, aussitôt éteinte la volonté despotique qui pesait sur lui depuis si longtemps, se vengea de l’omnipotence de Louis en cassant son testament. Il agissait d’accord avec le duc Philippe d’Orléans et celui-ci avait pris ses précautions pour la grande journée; le régiment des gardes occupait toutes les avenues du Palais, les officiers avec des soldats d’élite étaient disposés à l’intérieur. Il se trouvait deux partis parmi les ducs et pairs, dont beaucoup tenaient pour le conseil de régence tel que l’instituait le testament, mais le duc d’Orléans avec l’aide des parlementaires brusqua un peu la situation, étouffa pour ainsi dire le testament, à peine lu et à voix basse, et se fit proclamer régent.
Le Parlement s’était flatté, sur les promesses du duc d’Orléans, de retrouver ses vieilles prérogatives et de reprendre sa part d’influence dans la conduite des affaires par l’exercice du droit de remontrances, mais il vit bientôt qu’il avait été joué. Le conflit avec le pouvoir éclata, comme toujours, pour des affaires de finances.
La régence avait trouvé les finances de la France dans le plus déplorable état, et, acculée presque à la banqueroute, cherchait les remèdes dans les folies du système de Law. «C’était, a dit Voltaire, un charlatan à qui on donnait l’Etat à guérir, qui l’empoisonnait de sa drogue et s’empoisonnait lui-même.»
1720. LES MOUSQUETAIRES A LA GRANDE CHAMBRE
Le Parlement dans cette affaire essaya plus d’une fois de faire entendre la voix de la raison, mais les «sages avis et remontrances» sollicités par le duc d’Orléans, le jour de l’institution de la Régence, furent très mal reçus. La lutte s’engagea. Aux édits de la Régence, le Parlement répondait par des arrêts, en décrétant même de prise de corps le sieur Law; mais dans la nuit du 28 au 29 août 1718, le régent fit enlever de leurs logis un président et deux conseillers parmi les plus récalcitrants, et le banquier écossais triomphant put continuer ses opérations.