Ce ne fut que dix mois après, en mai 1795, que Fouquier-Tinville à son tour passa devant le tribunal réorganisé, sur le banc où tant de victimes l’avaient précédé; après six semaines de débats où il eut tout le temps de se défendre et d’ergoter sur tous les points, il fut condamné avec quinze de ses anciens jurés, une petite fournée de son temps.

LA TOUR DE L’HORLOGE. 1830

En ces jours de la Révolution où le sombre Palais prend cette physionomie sinistre d’antichambre de la mort, il a encore extérieurement quelques-uns des traits de sa physionomie pittoresque. Les maisons accrochées à son enceinte sur la rue de la Barillerie, les deux portes et la chapelle Saint-Michel ont disparu peu auparavant, pour être remplacées en partie par la grande grille monumentale de la cour du May, posée en 1787, mais il reste encore des échoppes sur le quai de l’Horloge. Toute la façade de ce côté, entre la tour de l’Horloge et celle de la Conciergerie, présente encore une ligne de bâtiments de haute taille avec un avant-corps d’échoppes que domine le toit de la grande salle.

La tour de l’Horloge a bien souffert. Depuis l’incendie du Pont au Change en 1621, son comble a été modifié, l’étage de créneaux a disparu. Plus bas, des fenêtres ont été percées pour des étages intermédiaires pratiqués à l’intérieur, enfin le rez-de-chaussée est loué en boutique. Au commencement du siècle, jusque vers 1840, cette boutique fut occupée par l’ingénieur opticien Chevalier, qui avait installé en haut de la tour, dans le petit campanile, un observatoire où l’on montait admirer le panorama de Paris.

Au retour des Bourbons, des travaux importants furent entrepris tant au Palais qu’à la Conciergerie. La Grande salle de Jacques de Brosse donnait des inquiétudes, les piliers de la Grande salle supérieure reconstruite au XVIIe siècle ne correspondaient qu’imparfaitement avec ceux de la salle gothique inférieure, de sorte qu’en plusieurs endroits les voûtes menaçaient de s’effondrer. En 1812, une de ces voûtes s’était crevée sous les pas d’un magistrat qui ne dut son salut qu’à la résistance du carrelage. Il fallut donc reprendre les voûtes en sous-œuvre. En consolidant le dernier pilier de la salle Saint-Louis, quelques squelettes furent mis à découvert: on supposa alors que c’étaient les restes de quelques Templiers, mis à mort au temps du grand procès.

A la Conciergerie on fit disparaître les dernières échoppes, on modifia ou démolit tous les bâtiments entre les tours circulaires et la tour carrée de l’Horloge et l’on établit, pour peu de temps heureusement, un bâtiment assez laid, qui englobait dans ses maçonneries les cuisines dites de Saint-Louis. De vieux cachots gothiques disparurent dans ces remaniements, ainsi que ceux que l’on avait pratiqués sous la Révolution.

UNE ENTRÉE DE LA GRANDE SALLE. XVIIIe SIÈCLE

Depuis le temps de la Terreur, quelques prisonniers de marque ont encore passé par la vieille prison. L’audacieuse conspiration de Georges Cadoudal, venu à Paris avec un certain nombre de chouans et de conspirateurs pour enlever ou tuer Bonaparte au centre de sa puissance, amena dans ces cachots le terrible chouan et quelques royalistes de marque. Georges et deux de ses complices n’y entrèrent que pour aller ensuite à la guillotine.