On sait que l’Empire ne manquait pas de prisons d’Etat où il jetait conspirateurs royalistes ou républicains, et aussi simples mécontents, qui restaient détenus souvent sans le moindre jugement aussi longtemps que sa police ombrageuse les trouvait dangereux. La Conciergerie n’était toujours qu’une prison de passage pour ceux que les juges attendaient. On y incarcéra entre autres le général Mallet, dont l’étonnante entreprise faillit, d’une seule secousse, ébranler l’édifice colossal de cet empire maçonné avec la chair et le sang. Mallet et ses complices y restèrent peu de jours, avant d’aller tomber sous les balles dans la plaine de Grenelle.
LA CHAMBRE DES COMPTES
Imp. Draeger & Lesieur, Paris
La Restauration, à son tour, confie à ses solides cachots le général Labédoyère, fusillé le 19 août 1815, le maréchal Ney, celui-ci avant d’être transféré au Luxembourg pour y être jugé par la chambre des pairs; La Valette, directeur des postes sous l’Empire, coupable d’avoir repris ses fonctions pendant les Cent-Jours. L’évasion de celui-ci, condamné à mort par la cour d’assises est célèbre. C’était le 20 décembre 1815, veille du jour fixé pour l’exécution. Sa femme avait obtenu pour toute grâce la permission de venir lui faire ses adieux avec sa fille. Mme de La Valette employa bien le temps de cette entrevue suprême: elle habilla le condamné avec sa robe et ses fourrures, le coiffa de son chapeau et, pendant qu’elle se dissimulait derrière un paravent, La Valette, donnant la main à sa fille, un mouchoir sur sa bouche comme pour étouffer ses sanglots, put traverser les couloirs et les corps de garde sans être reconnu, et gagner la porte. Il devait monter dans la chaise à porteurs qui avait amené sa femme, la chaise se trouvait bien là devant la Conciergerie, mais les porteurs étaient allés boire. Moment d’angoisse terrible, à deux pas de la prison, où d’un moment à l’autre l’évasion pouvait être découverte. Enfin on trouva d’autres porteurs, puis à quelque distance La Valette fut recueilli par un cabriolet qui le conduisit rue du Bac, dans une maison où, à l’insu du portier, on put le loger dans une mansarde; il y resta caché quelques semaines bravant toutes les recherches jusqu’au jour où il parvint avec un passeport d’officier anglais à franchir la frontière.
LE PALAIS SOUS LA RÉVOLUTION
En 1820, Louvel, l’assassin du duc de Berry, fut enfermé à la Conciergerie. Deux ans après éclata l’affaire dite des quatre sergents de la Rochelle, conspiration du carbonarisme qui amena 25 accusés à la Conciergerie et sur les bancs de la cour d’assises. Raoulx, Pommier, Bories et Goubin, sergents au 45e de ligne où ils avaient recruté un grand nombre d’affiliés, furent condamnés à mort et guillotinés en place de Grève.
Sous Louis-Philippe, vers 1840, commença le grand travail de transformation du vieux Palais de justice, qui devait durer de longues années et donner au Palais sa forme actuelle, après avoir, pour quelques jours, retrouvé bien des restes du vieux Palais gothique, arrivés jusqu’à nous dissimulés dans la masse des constructions disparates surajoutées.
INCENDIE DU PALAIS EN 1871